22. le poète noir

le grand arbre de Jack

Ce jour-là le bleu du ciel était d'une profondeur à couper le souffle. J'ai fermé les yeux.

Les sapins ont dû faire la fête toute la nuit. Ils sont contents de la pluie qui tombe et de la grisouille. Les sapins c'est pas difficile, ça aime tout. C'est comme le grand arbre de l'Image. il est si haut qu'il doit bien caresser les étoiles, la nuit, du bout de ses petites ramifications.

Alors la pluie en hiver ? pourquoi pas. Il se forme des petites rigoles dans les ruelles, elles font des pieds de nez aux sapins de Noël dépouillés de leurs décorations et que les gens de ma rue ont jetés dehors, en plein sur le trottoir, comme des chenapans. Pauvres sapins. Lundi, la déchiqueteuse va passer et elle va les grignoter. Ça va leur faire des chatouilles tout partout.

J'ai envie d'un peu de poésie. Alors je reviendrai plus tard pour noter la suite du « Projet Voui, voui. »

Encore du Baudelaire ? Non. Aujourd'hui, je relis Antonin Artaud. Je fais aussi un peu de rangement, de repassage, et puis j'écoute l'opéra du samedi à la radio. C'est une bonne journée.

Poète noir, un sein de pucelle
te hante,
poète aigri, la vie bout
et la vie brûle,
et le ciel se résorbe en pluie.
ta plume gratte au coeur de la vie.

Forêt, forêt, des yeux fourmillent
sur les pignons multipliés;
cheveux d'orage, les poètes
enfourchent des chevaux, des chiens.

Les yeux ragent, les langues tournent
le ciel afflue dans les narines
comme un lait nourricier et bleu;
je suis suspendu à vos bouches
femmes, coeurs de vinaigre durs.

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le titre ? « POÈTE NOIR »

19h43
Si je voulais être conséquente avec mes intentions de départ, je ferais le point sur le projet Voui, voui. Mais j'ai pas envie. J'aimerais plutôt noter deux rêves avant de les oublier, ceux que j'ai fait la nuit dernière.

Premier rêve : Le Carnet rouge

Dans le premier rêve, je retrouve le livre de Paul Auster que j'avais perdu en décembre, Le Carnet Rouge. La scène se passe chez-moi, dans mon bureau. Une amie est ici et nous discutons tranquillement. À un moment, je lui dis d'attendre quelques minutes, que je dois chercher un article dans un magazine. Je fouille dans une pile de documents et le livre apparaît. Je dis Wow! c'est le fun, j'ai retrouvé ce livre, je le cherchais partout. C'est une chance, c'était l'édition originale en grand format et en plus, j'aurai pas besoin de le racheter.

Ce rêve est étrange parce qu'il n'a pas de mémoire. C'est vrai, le rêve ne se souvient pas que j'ai acheté le fameux Carnet rouge de Paul Auster et que je l'ai relu quelques jours après Noël. Il n'en tient pas compte, il fait comme si je n'avais toujours pas ce livre.

J'avoue qu'il m'arrive de le chercher un peu, de temps en temps, mais ça ne m'obsède pas. Je sais qu'il doit se cacher ici quelque part, mais je cherche moins qu'avant, je me dis que je finirai bien par tomber dessus un de ces jours. Il aura probablement glissé derrière une étagère, un bureau... ou encore il sera enterré dans une pile d'articles ou de documents trop grands qui le cachent bien à la vue de quiconque (comme dans le rêve, en fait) et puisqu'il est plat, aucune chance de le repérer quand je cherche. Il faudrait que je cesse complètement d'y penser. La vérité c'est que je n'aime pas perdre des choses, surtout pas mes livres. Ils ne sont pas toujours bien rangés, mais je sais au moins où ils sont. Bon, Je ne ferai pas tout un plat avec cette histoire de livre perdu, c'était juste un rêve.

Deuxième rêve : la maison s'effondre

L'autre rêve, m'a fait très peur. Parce que dans ce rêve-là, toutes les peurs que j'avais réussi à exorcicer un peu ces derniers mois ont resurgi.

J'étais dans une maison [c'était chez-nous mais pas ici, plutôt une grande maison de campagne, une maison basse très ancienne] avec Jack et une petite fille de 10 ans à peu près. Cette petite fille était à moi, mais pas à lui. Et il y avait le père de ma fille qui était avec nous dans cette maison (mon ex), mais pas dans la même pièce que nous.

À un moment donné, je suis partie avec elle et je l'ai emmenée dans la chambre. Je nous ai vues partir et entrer dans cette chambre et à ce moment-là, je me dédoublais, et après ce n'était plus moi qui était avec elle mais une autre femme. Moi, j'étais debout et je les regardais entrer dans la chambre. Celle qui partait avec ma fille c'était une autre, une amie de Jack et je les voyais fermer la porte et il y avait un parapluie accroché après la poignée, et le parapluie se balançait quand elles ont tiré la porte derrière elles. Le parapluie était violet.

Après, je suis restée seule dans la pièce un moment, j'étais très triste et puis j'avais une discussion avec le père et ça tournait à l'engueulade je ne sais pas pourquoi et il partait en claquant la porte. Après ça, la terre s'est mise à trembler, les vitres se sont toutes cassées et je me disais que dehors il devait y avoir une grosse explosion, un bombardement ou un avion qui était tombé pas loin et j'avais peur et tout s'effondrait dans la maison. Je voyais les étagères et les grandes armoires s'incliner vers le sol et les pots et les assiettes dégringolaient et se fracassaient par terre en tombant, et les murs derrière les armoires s'inclinaient à leur tour et tombaient et puis ça été le toit et tout était noir, noir. Les murs étaient jaunes, avant de tomber.

Toute la maison se décomposait autour de moi et je me disais que nous serions ensevelis sous les décombres et je cherchais Jack partout dans la maison et je ne le trouvais pas dans cette maison grande comme le Titanic. La maison était un grand bateau qui sombrait non pas dans les flots mais sous la terre. Je me suis réveillée et j'avais peur.

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