les fourmi « pots-à-miel »

La nuit j'écris un roman dans un cahier en mangeant des abricots et en buvant du thé vert japonais pendant qu'une grande chatte maigre prend le frais sur le bord de la fenêtre. Et Maeterlinck écrit qu'il existe, dans le monde des fourmis, deux phénomènes qui ont pour nom « l'affection réciproque » et « la commune affection pour les larves » : c'est la république des mères. Il ajoute :

Bien que vierges, toutes se sentent mères par délégation, plus profondément, plus passionnément que la génétrice. Cherchez partout dans la nature, vous n'y trouverez nulle part un amour maternel aussi magnifique.

« La poule défend ses poussins contre n'importe quoi, mais elle n'aime pas encore ses oeufs. Arrachez l'abdomen à une ouvrière qui s'efforce de sauver son cocon, coupez-lui, si vous en avez l'odieux courage, les deux pattes de derrière, sans lâcher prise, sur les quatre pieds qui lui restent et traînant ses entrailles, - car sa vitalité est aussi prodigieuse que son amour, - elle poursuivra sa route et ne consentira à mourir que lorsque la larve ou la nymphe qui pour elle représente l'avenir, sera mise en lieu sûr.

Chacun donc, dans cet héroïque matriarcat fait obstinément son devoir au profit de tous, comme si tous n'étaient que lui seul. Le centre de gravité de la conscience et du bonheur n'est pas le même que chez nous. Il n'est pas sans l'individu mais partout où se meut une cellule du tout dont l'individu fait partie. Il en résulte un gouvernement qui est supérieur à tous ceux que l'homme pourra réaliser.

Et ce qui fait la différence entre le centre de gravité de la conscience et du bonheur des fourmis et celui des humains, c'est que nous ne savons pas comment aimer. Je veux dire, AIMER. Pour Maeterlinck, affection égale amour. J'aime beaucoup les expressions : « affection réciproque » et « commune affection pour... », cela en dit long sur l'amour. Et je pense qu'en plus de ne pas avoir la même conception de l'amour que les fourmis, la preuve que nous ne savons pas trop ce que ce qu'est aimer, c'est que nous manquons tragiquement de mots pour l'exprimer.

Quelques mots d'amour
Dans mon cadeau de Noël (celui de Jack, celui que j'ai reçu hier par la poste), j'ai trouvé des mots. Plein de mots d'amour. Je veux en noter un peu ici. Ils proviennent du Dictionnaire des idées suggérées par les mots, une édition (la 17e) qui date de 1936, et qu'il a dénichée chez un vieux bouquiniste d'Antibes [je mettrai la référence complète dans la Marginalia un de ces jours]. Et je transporterai probablement la liste dans mon Lexique. Ça peut toujours servir.

Donc, sous le mot AIMER [les personnes (et pourquoi pas les larves ?)], j'ai trouvé les idées suivantes :

...je les recopierai selon l'ordre d'apparition dans la liste. J'en ai compté 109 [ça bat mes 57 synonymes de RUPTURE - consignés dans le Lexique - à plate couture ! bien fait...]

affectionner
se prendre d'amitié
se lier
s'accointer
avoir de l'affection
éprouver de l'affection
ressentir de l'affection
s'attacher à
avoir de la sympathie
sympathiser
se prendre d'amitié pour
prendre pour ami
admettre dans son amitié
être bien avec
être au mieux avec
être intime avec
être à tu et à toi
aimer comme un frère
nouer d'amitié
porter dans son coeur
adorer
s'enticher de
s'engouer de
se coiffer de
n'avoir d'yeux que pour
acquérir l'amitié
mériter l'amitié
inspirer de l'amitié
se concilier l'amitié
gagner l'amitié
faire la conquête de
être dans les papiers de
dans les bonnes grâces
être en bons termes
cimenter l'amitié
renouer
perdre l'amitié
montrer de l'amitié
témoigner de l'amitié
faire preuve d'amitié

amitié
affection
dévouement
attachement
union
tendresse
intimité
confraternité
prédilection
préférences
noeuds
liens
accointance
privauté
camaraderie
sympathie
harmonie
brouille
réconciliation
froid
rupture
constance
fidélité

ami
camarade
condisciple
copain
compère et compagnon
intime
ami d'enfance
préféré
alter ego
autre soi-même
benjamin
paire d'amis
grand ami
âme damnée
favori

chaud
fidèle
constant
éprouvé
sûr
étroite amitié
inséparable
affectueux
affectionné
aimant
chaleureux
cordial
fervent
ardent
dévoué
amical
bien-aimé
cher
chéri
préféré
tendre
affectif

amicalement
affectueusement
tendrement
chaudement
cordialement
ardemment
chèrement
sympathiquement
éperdument

Voilà, c'est tout. Je trouve juste que ça manque un peu de câlins et de grands frissons. Par contre, écrire tout ça m'a donné le vertige. Aujourd'hui, j'étais un vertige à moi seule. Les mots d'AIMER, ce sont des mots qui sont bons à écrire, ils font tout chaud en-dedans, ils permettent d'évoquer les visages et les noms des personnes que j'aime d'amour et d'amitié et de toutes les façons qui sont décrites dans ces idées-là. Je sais, plusieurs de ces mots sont étranges à nos oreilles, des vieux mots, obsolètes ou désuets, mais ils ont existé et ils méritent encore d'être prononcés. Me semble.

Ces mots me font un effet étrange, je me sens comme toute fondue à l'intérieur.

Plus loin sous le mot AMOUR, j'ai trouvé 86 idées. Mais je ne recopierai pas les idées de l'AMOUR ici. À moins qu'un seul lecteur de ce journal en fasse la demande [non, c'est pas un test de participation].

le projet Voui, voui ?
Où j'en suis? On aura constaté en affichant cette page 20 que je me suis attaquée au problème d'accessibilité le plus apparent, j'imagine, l'un de ceux qui pose un gros problème aux personnes qui ont des difficultés visuelles. J'ai nommé l'insuffisance de contraste dans les couleurs. Ce changement de couleur était le plus facile à faire, de même que le fait d'indiquer le nom des Images avant-hier, et ça me donne le sentiment que j'avance un peu.

Oui, ça m'encourage à continuer, parce que prise dans son ensemble, cette question de l'accessibilité est pas mal compliquée. Alors commencer doucement par les contrastes, c'est ce qui m'a paru le plus logique. Dans le test de validation, si Bobby dit que je dois : « Check that the foreground and background colors contrast sufficiently with each other. (62 instances) », c'est que mes couleurs des caractères n'offrent pas assez de contraste sur le fond (bleu pâle sur blanc... je trouvais ça joli!). Le bleu se voit pas ? je l'ai viré. Voilà pour le deuxième changement.

Et le problème d'image ? Faut pas croire qu'il est réglé parce que j'ai ajouté alt="fourmis" dans la balise img src sur les fourmis. Non. Il y a d'autres Images illisibles sur cette page et Bobby les a trouvées. Entre autres, la ligne rouge, le bouton rouge du moteur de recherche et le bouton du compteur de Sitemeter sont des Images et devront être identifiées, je ne sais pas encore comment, et il faut que j'étudie un peu la question avant de faire n'importe quoi. D'après ma source : à la rubrique 4.7.1 des normes d'accessibilité, il est écrit : « Quand vous utilisez img, spécifiez un équivalent texte court avec l'attribut "alt". » Oui, chef. Mais il faudra que je me documente davantage avant de modifier chacune de mes img. J'y tiens. Si je comprends pas, ça sert à quoi de faire tout ça ?

Par ailleurs, j'écrivais hier, ou avant hier, que j'avais trouvé une abondante documentation en français concernant l'accessiblité. Bien évidemment, je n'ai pas encore tout lu, c'est long long. Pour m'amuser, j'ai fait subir un test de validation à une de mes pages. J'ai pas ri. Le rapport de Bobby est imposant. Il met des points d'interrogation partout et identifie scrupuleusement avec sa petite casquette chacun des problèmes d'accessibilité. Il dit, à propos de la page 18 :

« This page does not yet meet the requirements for Bobby AAA Approved status. To be Bobby AAA Approved, a page must pass all of the Priority 1,2 and 3 accessibility checkpoints established in W3C Web Content Accessibility Guidelines 1.0 ». Le rapport de Bobby c'est une manière d'inventaire.

Beaucoup d'autres documents m'ont été conseillés, notamment ceux de Stéphanie qui a prévu quelques points de départ pour les gens qui veulent apprendre tout seul. On peut trouver le Coding - HTML Express tutorial et les Bases du CSS sur Climb to the Stars [http://climbtothestars.org/coding/html] et [http://climbtothestars.org/coding/cssbasic], où tout y est bien expliqué. De plus, un article sur les tableaux, le Tableless [http://climbtothestars.org/coding/tableless] est fort utile pour ceux qui veulent « virer » leurs tables. Ça va être pratique les jours où j'ai envie de tout jeter par la fenêtre. Je me souviens encore du jour où j'ai viré les Frames et que je me suis soumise au PHP3, miammm, j'en jouis encore. Alors la seule idée de me débarasser des tableaux me procure une bien grande jouissance par anticipation.

Il y a aussi des traductions en français de plusieurs articles sur Pompage.net dont un qui est fort intéressant pour apprendre comment envoyer paître les mauvais navigateurs. Je sens que je commence à m'amuser sérieusement.

un roman qui prend forme
Et puis je veux bien l'avouer, plus je lis sur le sujet, plus cette question d'accessibilité et de standards me donne le vertige. Mais il y a un bon côté à cela, c'est que l'aspect très technique, presque mathématique, me fait du bien puisqu'il stimule mes idées pour un de mes romans « en chantier ». Ça me fait ça depuis trois jours. Je découvre des Images que je n'avais pas « vues » avant, des lieux, des temps et des jeux, bref une nouvelle « trame », et j'écris. Et hier soir, j'ai découvert dans un coin de mon esprit le « profil » de 14 nouveaux personnages entre minuit et 2 heures du matin et j'ai écrit ce qu'ils me disaient dans mon grand cahier ligné gris, heureuse de « sentir » Jack dormir de l'autre côté de l'Atlantique. Ma muse m'inspire même quand il dort ? Mais oui. La nuit j'écris un roman dans un cahier en mangeant des abricots et en buvant du thé vert japonais pendant qu'une grande chatte maigre prend le frais sur le bord de la fenêtre. La vie est décidément belle, très belle. Voilà que je manque de mots pour l'écrire.