sapins

Puisqu'il n'y pas beaucoup de moyens d'y échapper, je continuerai d'écrire ce journal. Ceci n'est pas une résolution. Ni un bilan. Les résolutions et les bilans me donnent des boutons. J'en ferai donc pas. Quelqu'un a parlé d'arrêter le journal ? Oui, moi. Pas plus tard qu'hier matin, l'envie de jeter l'ordinateur par la fenêtre m'a reprise. Pas nouveau, me dira-t-on.

Heureusement que la glace bloquait tout. Et puis il y avait tellement de givre dans les vitres... des fleurs de givre comme des fougères. Je pensais à mes doutes sur la valeur de ce que j'écris ici et je me disais que c'était fini la maladie [lire : galère] du journal : f-i-n-i. Je me guérirais de ça [aussi] au plus vite.

Dorénavant, j'arrêterais ce charabia et je me consacrerais uniquement à la littérature. Je me sentais envahie par un sentiment d'urgence : pas une minute à perdre me disais-je. J'arrête tout.

Et puis voilà, il y a eu panne générale d'électricité au beau milieu de l'après-midi jusqu'à tout à l'heure. Le noir total et le grand froid sibérien sont entrés dans la maison [c'est pas chaud, quatorze degrés le matin]. Il faut dire aussi que mon voeu à l'azur d'hier matin y est peut-être pour quelque chose. C'était un souhait du coeur et surtout une offrande au bleu du ciel, le voeu d'aimer mieux. Avec la panne, on peut dire qu'on a été servis.

Quand je parle d'aimer mieux, je veux commencer par m'aimer mieux moi-même. Si jamais ce journal devenait une fuite, une voie d'évitement, alors je crois qu'il me faudrait cesser. Mais ce n'est pas ça, je ne crois pas. C'est d'abord un espace pour écrire. Écrire sur ce qui m'impressionne, sur ce qui me touche, et surtout la beauté de la vie. Écrire que j'aime vivre et comment je trouve la vie si belle, si belle parfois que j'ai envie de le crier sur tous les toits. Et écrire aussi sur la terrifiante difficulté de vivre, certains jours, à certains moments. Et sur le terrible desire to establish contact... décrit par K. Mansfield, écrire aussi sur le plaisir et l'amour que j'ai la chance de vivre.

Mais cet espace d'écriture ne veut pas devenir un lieu de cabotinage où moi-même se cache à moi-même [je ne sais pas trop ce que ça veut dire mais c'est le fun à écrire comme ça]. C'est facile de sombrer dans le cabotinage, si facile. En ce moment j'écris, j'écris en suivant simplement le fil et je réalise que je ne sais plus trop bien qui je suis à force. Je ne sais pas qui écrit. Tout ce que je sais c'est que je ne suis pas Jack (ni Karl;-)). Juste moi-même, au centre de la tragédie, le lieu où l'action se déroule. Et puis après je ne sais plus. Je crois que je préfère ne pas savoir. Je veux inventer des légendes et des choses qui font sourire et rire et réfléchir.

Je m'assois et chaque jour j'écris un journal « intime » pour qu'il soit lu. Je mets un point d'honneur à rester indifférente devant les commentaires des lecteurs : ne pas me laisser mourir de chagrin quand ils gardent le silence, ne pas me laisser attendrir ni me sentir trop star quand ils m'écrivent des commentaires élogieux, ne pas me suicider quand je n'ai pas le temps de répondre à des dizaines de mails qui s'empilent comme en ce moment [promis, je réponds bientôt].

Écrire un journal online, mais pourquoi faire ? Être lue ? Ça change quoi, être lue ? Ben ça change que j'en écris un autre en papier pour qu'il ne soit pas lu, héhé. Les deux ne sont pas identiques, loin s'en faut. Je recopie parfois, très très rarement certaines pages du journal papier ici. Je ne pourrais pas le recopier dans son intégralité. Parce que la plupart de ce que j'écris là-dedans est si « intime » que cela n'intéresserait personne (!). Il y a donc deux discours, un privé et un public, et les deux me concernent, moi. Pourquoi deux ? Je ne sais pas, je dois être un cas spécial de contamination à la maladie du journal : je suis tombée dedans quand j'étais petite, comme Obélix dans la potion magique.