9. l'art de la faim

Urania et Calliope_Vouet

Je garderai ce tableau des muses pour finir l'année. Depuis hier, je lis L'art de la faim. En m'installant au clavier pour écrire la page d'aujourd'hui, j'ai réalisé que je tiens ce journal depuis plus d'un an maintenant. L'aventure avait commencé en décembre 2000. Avais-je écrit une page le 28 décembre ? Il est si facile d'aller voir, mais je n'irai pas. En général, je n'aime pas trop regarder en arrière. Pourtant, l'exercice peut être intéressant pour mesurer le chemin parcouru ou juste pour voir.

Alors voilà. Le 28 décembre 2000, j'écrivais ma dernière page de l'année sur le thème de la faim. Coïncidence ?

J'en recopie un petit bout ? OK. :

« Aujourd'hui, j'ai pris mon temps. Pour commencer : des oeufs, de la baguette grillée, des confitures de fraises de l'été dernier et du café. Pour le dîner, une lasagne et un clafoutis aux abricots. Cela paraît facile, voire trivial.

« C'est au contraire monstrueux. En ce moment, des milliers d'enfants meurent de faim à travers le monde. Et moi, je ne trouve rien de mieux à faire que de manger et d'écrire ce que j'ai mangé au petit déjeuner et au dîner. Un vrai scandale.

« Je ne sais pas quoi faire pour empêcher les autres de mourir de faim alors je reste chez moi, je tremble de peur et j'écris. J'écris que je ne meurs pas de faim. Pour me rassurer ? Non. Pour me faire chier. Je me trouve nulle de ne rien trouver de concret pour empêcher le massacre continu des petits et des faibles.

« Comme si on était condamnés à être d'un côté ou de l'autre de la faim et de la pauvreté et qu'il n'y avait rien entre les deux. Rien que des montagnes de pourriture. »

Une année a passé...

... une année a passé et je suis toujours aussi nulle, c'est-à-dire impuissante devant la faim. Et puis il y a cette guerre. C'est dur. La différence entre l'an passé et cette année, c'est que maintenant, je suis amoureuse. Très amoureuse de Jack.

Oui, je suis amoureuse, et cela change mon rapport aux mots et aux gens. Et puis voilà que ce journal a eu un an et que je ne m'en suis même pas aperçue. La tête ailleurs ?

La tête et le coeur ailleurs. Ça doit être ça. Je change. Je ne raconte plus tellement ce que je mange au petit déjeuner. Je me suis demandé des tas de fois si je continuais le journal et puis j'ai continué. Je continue.

Avec de la discipline, je me suis habituée à écrire tous les jours. J'aime ça. Parfois j'écris très peu, mais je trouve qu'il est très important de garder le mouvement, comme une sorte de rituel. Je me sens bien maintenant dans ce journal hors-réseaux. Et avec les projets d'écriture qui poussent autour. Je déguste les derniers jours de 2001 en rêvant et en regardant un tout petit peu en arrière. Vivement demain.

Et la faim ? Cela me préoccupe toujours. Je lis L'art de la faim de Paul Auster. J'ai faim. Il est 14h05 et je n'ai rien mangé depuis 8 heures ce matin. Argh. Certains jours, j'oublie de manger....

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