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Script dit souvent : quand j'écris, je suis une fleur. Indifférente aux regards, donc. Parfois, la chose n'est pas aussi simple. Parce que, avec le temps, il arrive que la formule s'use. L'usure est le seul destin qui guette les formules toutes faites.

Mais alors, Le Journal de Script, The Newspaper of Script, comme l'a écrit un bidule de traduction l'autre jour, c'est quoi ? [n.b.: au lieu de laisser les androïdes virtuels ou j'sais pas qui traduire mes pages, je ferais mieux de le faire moi-même, il en sortirait moins de mots et de phrases bizarres ou carrément à côté du sens.]

Ce matin, je pense tout haut. Le Journal de Script est un vrai journal, pas un roman, avec une vraie femme qui écrit dedans. Je sais bien que je ne suis pas Script. Forcément, avec un nom pareil... Mais c'est quand même moi qui écrit, donc elle. Est-ce à dire que Script devient l'Autre ? On a parfois l'impression qu'écrire un journal online c'est comme se déshabiller devant le monde. Ça me fait sourire. Mes mots, s'ils me décrivent, ne seront jamais qu'une représentation de moi, ils ne pourront jamais être moi. Jamais. Écrire, c'est aimer. Aimer de tout mon corps. Et de toute mon âme aussi. Et puis écrire, c'est un acte physique. Jean Cocteau a dit : « Écrire est un acte d'amour. S'il ne l'est pas, il n'est qu'écriture... »

C'est pourquoi, dans ce journal, il y a Jack. Lui, il est plus réel que réel. Et puis aussi, bien sûr, il y a Lady A. Et puis il y a d'autres personnes mais on ne dit pas toujours c'est qui. Et des fleurs en image avec leur nom en latin. Et puis on ne dit pas toujours leur nom. Il y a aussi le café des petits matins et le thé et le Mont-Royal et le reste. Et puis on ne dit pas la marque du café que l'on boit, ça sert à rien. Et aussi, dans ce journal, il y a des tas et des tas de pages que jamais personne ne prendra le temps de lire. Pas grave. L'important pour Script, c'est d'écrire. Parce que Annie, « ze boss of Script » [le moteur de traduction dixit] est une vraie tortionnaire. Beau temps mauvais temps, elle asseoit Script devant son clavier et elle lui dit de taper. Mais les mots ne prétendront jamais détenir le moindre petit fragment de réalité. Que de formules, que de formules. Pouvez-vous me dire c'est quoi, le réel ? ou la réalité? oui? moi, je ne sais pas. Les mots qui sont ici sont à prendre pour ce qu'ils sont : des signes. Des graffitis, du bla bla bla.

Même mon nom serait un pseudonyme ? Quelqu'un me faisait remarquer l'autre jour que sa véritable identité est le meilleur pseudonyme qui soit. Génial ! J'avais pas pensé à ça. Plus j'y réfléchis, plus je trouve que cette formule est pleine de bon sens. Après tout, le nom que je porte dans la vraie vie, ce n'est qu'une représentation, une image de ce que je suis, ce n'est pas moi.

Mais si mon vrai nom est un pseudonyme, autant jouer le jeu et en avoir plus d'un. C'est comme avoir plusieurs mains pour écrire, plusieurs voix. Malheureusement, dans toute écriture [journal online ou pas] il y a beaucoup de secrets, et beaucoup de choses non dites, car on ne peut pas tout dire de l'Autre. L'autre a besoin de protection [?], il ou elle a sa vie privée.

Mais si j'écrivais en ne cachant rien et que j'utilisais mon vrai nom en disant tout ce que je fais et ce que je suis vraiment, cela n'empêcherait jamais les gens de se poser des questions, bien sûr, mais ils s'en poseraient presque moins et cela serait plus facile de garder ma vie privée, ma vraie vie privée. Il dit : « Ma vie privée, elle est dans le profond de mon corps et de mes émotions, il y a les faits et il y a ce que je suis. Ce que les autres en comprennent ce n'est qu'une simple histoire qui m'échappe. »

Et moi, alors ? Si je protège la vie privée de l'Autre, comment est-ce que je peux vivre/écrire la mienne ? Paradoxe ?

Bien évidemment. je me suis prise la formule dans une impasse. Je tourne en rond. En fin de compte, je n'ai plus rien à dire là-dessus. Et il n'y a rien, strictement rien à chercher, ni à glaner par ici. Pas une piastre à faire.