osteospermum

J'avais perdu un mot. J'ai trouvé une nouvelle fleur. Rouge bonheur, rouge colère. Mais aussi rouge tristesse. Absurde. La vie est absurde. L'absurde m'apprend la beauté du monde. L'étrangeté des choses muettes. Et que malgré les jours tristes, la vie est si belle. Rebelle.

Oui, j'avais perdu un mot. Je l'ai cherché partout, jusque dans Les carnets rouges, mais le mot perdu n'est pas là non plus. Je le cherche.

La semaine dernière, j'ai lu un mot et puis je l'ai instantanément oublié. Depuis ce jour-là, cet oubli me dérange. Me perturbe. Je n'arrête pas de chercher mentalement. Même quand je fais autre chose, ça continue de chercher. C'est fatigant.

Le soir, la tête se vide sur l'oreiller. Et après elle se remplit d'Images, d'oiseaux et de fleurs. Et de bien d'autres douceurs. Puis soudain, la rêverie s'interrompt et je me dis : c'était quoi, donc, ce mot?

Je ne comprends pas comment j'ai pu faire mon compte pour l'oublier. Ça devait être un mot important puisqu'il m'obsède à ce point-là. Mais comment je sais qu'il est important vu que je m'en souviens même plus ?

Ce jour-là, je lisais une lettre de Jack et puis je suis tombée sur un mot. Je me suis dit : tiens ! Quel drôle de mot. Un mot étrange sous la plume de Jack. D'où vient-il, celui-là ? Il ne lui ressemble pas. Je me suis demandé s'il en connaissait le sens. Il dit que ça sert à rien, bien souvent, le sens des mots, qu'on peut s'en servir juste pour la beauté, ou le son. C'est une bonne idée, je trouve. On devrait utiliser des mots juste parce qu'on les aime. J'ai refermé la lettre et puis, tout de suite après, j'ai perdu le mot de Jack.

Depuis ce jour-là, je cherche dans ma tête et le mot vole et virevolte en moi. Sans que je puisse jamais l'attraper. Il me fuie, il tourbillonne comme un grand oiseau. Comme les oiseaux de Riopelle, ceux de l'Hommage à Rosa Luxembourg (quelques magnifiques fragments de la fresque sont reproduits dans les pages de la Revue canadienne d'esthétique).

Il y aurait un lien entre le mot de Jack, le mot perdu, mon esprit et les oiseaux de Riopelle ? Je cherche.

Depuis ce jour-là, j'ai écrit des pages et des pages, j'ai écrit l'histoire du mot perdu. Je raconterai peut-être la suite dans ce journal, s'il est sage. Ou encore dans les « Écri-ratures » des Carnets rouges, un de ces jours...

Vous vous demandez c'est quoi, Les Carnets rouges ? Une belle surprise... un espace magique pour des mots magiques.