260. un moment privilégié

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Je me suis encore réveillée à 5 heures du matin. Si tu étais un petit chat, dit-il, tu serais sur les toits, la nuit, au clair de lune.

Je ne crois pas. Pas un chat qui va dehors la nuit. La nuit, j'aime rester à l'intérieur bien au chaud. Et faire des miaou à la fenêtre.

M'aime-t-il ce matin? J'en aurais grandement besoin. Il dit : Oui. Terriblement. Ça grandit en moi.

L'absence. C'est ça qui me réveille la nuit maintenant, la place vide dans le lit. C'est dur, comme tout ce qui m'a été donné à vivre. J'aimerais comprendre pourquoi la vie me fait ça à moi.

Voilà encore que je me pose le genre de questions sans réponses. On ne peut pas comprendre pourquoi le destin [des fois on croit au destin, des fois on y croit pas] a fait que j'aime Jack et que Jack m'aime. La réciproque est rare en amour et elle est tombée sur nous, à 6000 kilomètres de distance et nous ne cherchions même pas ça, promis juré. Et quand nous nous sommes rencontrés en chair et en os, l'amour était là pour vrai. Je sais, ça peut avoir l'air d'un conte de fée, mais c'est la pure vérité.

J'ai hâte que la neige soit là pour de bon. Ça va me remettre les idées bien en place.

Je ne suis pas ici pour écrire des contes de fée. Je dis : hasard pur. Je crois que c'est parce que tu es très spéciale, dit-il, et que je suis très difficile avec les gens, que je n'aime que très peu de gens et que donc, face à toi je fonds complètement par terre. À tes pieds. Et c'est exactement pareil pour moi. À ses pieds. Je tombe, je fonds.

Ce n'est pas la vie qui nous a fait quelque chose ? Ah, non ? Non. C'est le hasard et nos personnalités étranges qui font de nos vies des vies étranges mais bien plus intéressantes que celle du voisin. Je ne connais pas la vie du voisin. Il a tellement l'air de s'ennuyer. J'ai jamais eu envie d'être le voisin, jamais.

Plusieurs fois par jour et par nuit, Jack m'écrit. Des mots vibrants, touchants. Moi aussi, je lui écris des milliards de mots. L'amour grandit en moi de jour en jour. Comme une plante, on dirait que l'amour s'appuie sur les passages difficiles pour se propulser encore plus haut, encore plus fort. Quand on est calmes, ouverts (sans chicane), c'est là qu'on le sent grandir. En ce moment, c'est ça : un moment privilégié.

Je viens de finir mon petit déjeuner. Je n'avais pas beaucoup d'entrain quand j'ai ouvert les yeux à 8 h 10. Mais j'ai fait un effort et j'ai mangé dans la cuisine, avec le chat. Café noir fort et sucré, baguette grillée au beurre et miel. Je me demande ce qui se passe, j'ai encore mal au dos et dans tout le corps ce matin. Courbaturée. Après un bain chaud, rien n'y paraîtra plus.

Je vais reprendre la route avec les gens sérieux qui bossent avec des objectifs et des missions. Tout ça me sort un peu par les yeux, parfois. Et je commence à en avoir marre que la radio diffuse des cantiques de Noël en plein matin et novembre est même pas fini. Marre de me faire bouffer mon Noël avant qu'il soit là. Il y a des sapins et des bonhommes rouges partout et des lumières clignotantes. C'est pas humain, je vous dis, pas humain.

Hier soir, je me suis amusée avec un manuscrit : mise en page, correction et tout. J'arrive à l'épisode 5. J'ai besoin d'un projet comme celui-là ces temps-ci. Besoin que l'écriture avance pour me rassurer. Parce que le jour, je n'ai plus le temps d'écrire [créer du nouveau]. Ni dans ce journal, ni ailleurs.

J'ai eu quelques idées pour que cela me soit plus supportable de travailler. Je me suis dit que si je déniche un (ou des) truc qui m'intéresse vraiment beaucoup, j'aurai des chances d'être plus motivée (j'ai de la difficulté à ne travailler que pour l'argent, moralement, cela me dégoûte). J'avance dans mes réflexions. Et puis je me dis que j'aimerais me retrouver dans une atmosphère de travail qui pourrait nourrir un peu mon imaginaire (un endroit où je serais à l'aise par exemple, et avec des gens intéressants [lire fous]), Je sais, je demande beaucoup ce matin, mais je réfléchis à tout ça et je me dis qu'il doit bien y avoir une formule création littéraire-travail rémunéré qui fonctionnera avec la fofolle que je suis.

Je me sens passionnément amoureuse de la vie [et de Jack] aujourd'hui, c'est terrible d'aimer comme ça, terrible.

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