Anemone coronaria

L'anémone serait donc une fleur éclose dans le sang d'Adonis. Une fleur de même couleur que le sang. Couleur rouge colère. Couleur vie et mort. Rouge pomme grenade aux grains remplis de plaisir. Mais avec l'anémone, le plaisir est de courte durée. La fleur est fragile et mal fixée. Si légère. La légèreté de la fleur la fait tomber quand surviennent les tourbillons du vent. Géants.

Est-ce pour cela que les anglais ont baptisé l'anémone : Wind flower» ? Le mot provient du grec anemos : vent.

Quand j'écris, je suis une fleur. Indifférente. Quand j'aime, je suis une fleur qui s'agite au vent. Sauf que je ne sais pas dans quelle direction souffle le vent. Je tente de suivre le chemin du coeur et je réalise que je ne supporte pas le vent. Je me retrouve sur le dos par terre. Aouch.

J'ai trouvé dans les Métamorphoses d'Ovide, livre X, versets 368-381, un passage où il est question des tentatives de suicides de Myrrha. Le texte raconte les tergiversations de cette femme partagée entre le désir du suicide et celui de vivre.

Dans la page d'hier, je n'ai pas raconté la saga des amours incestueuses de Myrrha avec son père. Enfin, pas dans les détails.

Myrrha se targuait d'avoir des cheveux plus beaux que ceux de la déesse. Sa condamnation fut celle d'être prise d'amour pour son père. C'est Aphrodite qui avait suscité en elle ce désir. Pendant 12 nuits, elle s'est glissée dans le lit de son père pour faire l'amour avec lui. La légende dit qu'il ne l'avait pas reconnue [censure?].

Or donc, quand le papa se rendit compte qu'il couchait avec sa fille, il fut horrifié : « Un flambeau qu'il tient lui montre et sa fille et son crime. Saisi d'horreur, la parole expire sur ses lèvres; soudain il saisit son épée suspendue auprès de son lit. Le fer brille. »

Ça, je n'y crois pas beaucoup. Je me dis que ce n'est pas possible, qu'il avait dû la reconnaître, voyons. Pourtant, Ovide est formel, la colère du père est si épouvantable qu'on est forcé d'y croire. Et aussi, il raconte les attermoiements de Myrrha dans un texte magnifique où il fait le portrait d'une femme agitée dans un paysage calme.

Au présent de l'indicatif, Ovide décrit l'extrême agitation de Myrrha : il fait plusieurs comparaisons de Myrrha avec la description des mouvements de l'arbre en tous sens; une métaphore qui laisse présager de sa métamorphose comme en témoigne cet extrait :

La fille de Cinyras veille, et brûle d'un feu qu'elle ne peut dompter. En proie à cette passion fatale, tantôt elle désespère, et tantôt elle veut tout oser. Elle rougit, elle désire, et ne sait à quel parti s'arrêter. Comme, près de sa racine, profondément par la hache entamé, l'arbre qui n'attend plus qu'un dernier coup, gémit, chancelle, ne sait de quel côté son poids va l'entraîner, et de tous côtés fait craindre son immense ruine : telle, profondément blessée, Myrrha sent s'égarer son esprit agité de mouvements divers. Elle forme tantôt un dessein, tantôt un autre : enfin, elle ne voit plus de repos pour elle et de remède à son mal que dans la mort.

Pour en savoir plus long sur les Métamorphoses, on peut consulter les ouvrages numérisés de Gallica; ou encore ceux de la Bibliotheca Classica Selecta.