252. les larmes de myrrha

Lambert Sustris : La mort d'Adonis

« La reine de Syrie avait une fille nommée Myrrha qu'elle proclamait plus belle qu'Aphrodite. Courroucée, la déesse inspire à Myrrha un amour criminel pour son père. La jeune fille, grâce à la complicité de sa nourrice, s'introduit dans la couche de son père et s'unit à lui. »

Dans l'histoire, Myrrha a pris la fuite tout de suite après l'inceste. Elle avait honte et elle s'est sauvée loin, loin. Le plus loin qu'elle pouvait. J'imagine que c'était de l'autre côté de l'océan. C'est ça le plus loin qu'on peut aller quand on veut se sauver.

Les dieux ont ressenti de la compassion pour elle, alors ils l'ont transformée en arbre, et cela a donné l'arbre à myrrhe. Selon la légende, les gouttes de myrrhe représentent les larmes de Myrrha. Et c'est de l'écorce de cet arbre que naquit Adonis, un enfant d'une grande beauté. On dit que le mot Adonis signifie « seigneur ».

Et Adonis a grandi heureux. Il a été élevé par les nymphes. Dans le livre X des Métamorphoses, Ovide raconte la mort d'Adonis :

Un jour les chiens ayant suivi les traces bien reconnaissables d'un sanglier, le débusquèrent. Il était prêt à sortir de la forêt quand le jeune héros, fils de Cynéras le transperça d'un coup oblique. Aussitôt, de son groin recourbé, l'animal fait tomber l'épieu teint de son sang; Adonis tremble et cherche un asile; le sanglier farouche le poursuit, enfonce complètement ses défenses dans l'aine et l'étend mourant sur le sable fauve.

Conduite à travers les airs sur son char léger, la déesse de Cythère n'était pas encore arrivée à Chypre sur les ailes de ses cygnes; de loin elle reconnut les plaintes du mourant et dirigea vers lui ses blancs oiseaux; du haut des airs, elle l'aperçoit, sans connaissance, le corps convulsé, baignant dans son sang.

Elle saute à terre, elle arrache le voile qui couvre sa poitrine, elle arrache ses cheveux et se frappe la poitrine de ses mains si peu destinées à ce geste; et accusant les destins : « non, tout ne relèvera pas de votre loi, dit-elle, » un témoignage de ma douleur subsistera éternellement, ô mon Adonis bien-aimé; chaque année la représentation de ta mort fera revivre mes lamentations et ton sang sera changé en fleur. [...]

Sur ces paroles, elle arrose le sang d'Adonis d'un nectar parfumé; à ce contact, le sang bouillonne à la manière des bulles transparentes qui naissent sur les eaux des mares jaunâtres; une heure, pas plus, s'est écoulée que de ce sang éclot une fleur de même couleur, pareille à celle du grenadier qui dissimule ses graines sous une écorce flexible; cependant il est bien court le plaisir qu'elle offre; car mal fixée et rendue trop fragile par sa légèreté, elle tombe sous les bourrasques de celui dont elle tire son nom : le vent.

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