251. pas autre chose que du bruit

kotondo : femme

C'est loin, le Japon. Très loin. De l'autre côté de la terre. Je n'y suis jamais allée. Tout ce que je connais de ce pays je l'ai appris en visitant ses estampes, en étudiant la géographie ou l'histoire; et l'histoire de l'art. En discutant avec des amis japonais. Et aussi en lisant les auteurs nés dans ce pays et qui y ont écrit. Mon préféré ? Yukio Mishima. J'aime aussi lire les gens qui écrivent sur la vie au Japon. La page d'hier m'a fait penser à L'empire des signes, de Roland Barthes. Un fort beau livre dans lequel R.B. a écrit une phrase sur laquelle je médite souvent : « Le signe est une fracture qui ne s'ouvre jamais que sur le visage d'un autre signe ».

À la limite, c'est un peu déconcertant cette histoire de signes. Même les singes se font des signes. Ils communiquent. Mais les humains utilisent beaucoup trop de signes. Quand nous avons un malentendu, l'abondance des signes à décoder fait en sorte que nous nageons dans la confusion la plus totale. C'est comme ce journal. Beaucoup trop de mots.

J'aimerais simplifier le langage parlé et écrit. Le mien. Épurer les mots. Ne conserver que les indispensables. Je me demande comment opérer le tri dans l'utile et l'inutile. Un prof m'a confié avoir déjà proposé à une étudiante de jeter tous les adjectifs de son texte. Moi, j'en enlève un certain nombre. D'autres, je les garde. Juste parce que je les trouve beaux. Je ne devrais pas. C'est de la vanité inutile. Mon écriture est redondante. Souvent ironique. Je déteste cela.

J'ai lu quelque part que si les verbes que nous utilisons étaient assez forts, nous n'aurions pas besoin d'ajouter de qualificatifs à l'action. Logique.

Mais c'est tellement plus facile de se plonger dans l'abondance, de se draper dans les mots et de les allonger, d'en tartiner épais au lieu de mesurer et de sélectionner.

Mes mots ne produisent pas autre chose que du bruit. Je ne sais pas écrire. La preuve ? Trois éditeurs sur six ont déjà refusé de publier le manuscrit que j'ai déposé à la mi-septembre. C'est un peu décourageant. Mais je dois continuer.

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