249. avec de nouveaux atours

estampe japonaise

Je viens de recevoir une lettre du Japon avec ce magnifique timbre sur l'enveloppe. Je l'ouvre : ce sont de petits mots découpés sur du papyrus d'Egypte, accompagnés de feuilles frivoles.

Ça, c'est un tour de Jack. Look : déraison, sensible, je, saveur, ombre, écrain, mordre, main, sous, hanche. Indéchiffrable ? Je ne crois pas. C'est sûrement un message codé; mais c'est étrange, cela me ramène à la mémoire une certaine estampe japonaise.

En fait, je ne sais pas pourquoi je pense à celle-là en particulier. La douceur du temps ? La nature ? Elle et lui, penchés pieds nus dans les rizières. Elle et Lui.

Je rassemble les autres mots et je peux former les phrases suivantes : « Les gouttes de ma rosée font s'ouvrir votre pivoine. Une seule libation m'engourdit à moitié. Je suis le poisson qui s'ébat dans les eaux. Je suis le papillon qui recueille le parfum des pousses tendres. »

J'ai un doute : le destin souhaite-t-il vraiment me voir défaillir et convulser dans de doux désirs ? Incroyable ! Je remets les mots dans un sac noir de type Scrabble et je tire les mots : encore les mêmes phrases. La prophétie est en moi.

C'est fou cette lettre, fou : j'assemble des bouts de phrases, et je me retrouve avec des formules magico-érotiques que je pourrais découper ligne par ligne et insérer dans des biscuits de Fortune. Rien à voir, pourtant, la lettre vient du Japon.

Je commence à avoir chaud. Je pousse frénétiquement ces mots qui me retournent et me saisissent. Mais voilà que quelques-uns s'enfuient sous la table. Je les ramasse : au dos c'est écrit: « Enlève de ta peau.» Non, il en manque un : « Enlève l'habit de ta peau. » Alors j'enlève l'habit de ma peau.

Oui, je le fais, tel que c'est écrit dans la lettre. Je me déshabille. Brrr, c'est froid. Tiens, sous ma chaise, je trouve encore des phrases, si poétiques, elles ont l'air de sortir tout droit d'un petit recueil des chefs d'oeuvres érotiques du Japon ou de la Chine. C'est ça : « Langue de feu ou de vipère tu as fait tomber ta mue pour que je te goutte aux abords d'une rizière. Et toi, petit corail. Pourquoi as-tu si chaud ? Je ne sais pas princesse, sûrement le thé japonais ou chinois qui me traverse. »

Courage, princesse.

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