239. elle et le soleil

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Parfum de miel et d'églantine. L'odeur se niche dans les vêtements, dans les cheveux, dans les draps, partout. Il sent le soleil.

Elle écrit. Il arrive de loin. Il construit un pont sur les nuages. Jusqu'à elle. Il franchit l'espace sans perdre l'odeur du soleil. Il est là. Elle sourit. Elle regarde son visage. Elle glisse sur l'eau bleue de la nuit. Les mots sombres s'éloignent. Il repart. Elle rêve à des perles qui roulent sur le plancher du grenier. Les petites boules nacrées se dérobent, les souris s'affairent. Naphtaline. Une belette vivait là. Ah ? Étrange errance.

Les mots se dérobent. Glissent sous la pluie. Sur la vitre : Nelligan. Rilke. Duras. Auster. Kristeva. Lectures. Elle dit : « je veux vivre en Europe et écrire de la poésie ». Ici, elle ne sait pas trouver les mots. Ici, le froid lui brise le coeur. Elle avait tellement froid dans son ventre. Solitude.

Il raconte le froid. Le feu de cheminée qu'il allume. Elle ne sait pas comment il a pu faire prendre ce feu. A-t-il chiffonné plein de papier journal jusqu'à s'en noircir les mains ? Mis des brindilles ? Soufflé sur les braises naissantes ? Ah.

C'est rouge feu comme du sang sur le blanc des draps. Elle voit comment son visage s'offre au soleil et à la pluie. Encore et toujours lire la douleur. Muette et blanche comme ses mains. Elle pense à la traversée de l'océan. Au Soleil noir. Aux objets magiques. Silence. Aux petites mains qui écrivent si vite, si vite dans les rues de Paris. Vertige.

Elle oublie ce qu'elle voit de lui et de son corps et de son âme et de cette odeur. De loin, les mots peuvent se former. L'esprit remonte dans les paroles du corps, à même les veines bleutées qui courent sous la peau. Elle ne sait pas, elle effleure des contours. Des cicatrices. Apaiser la soif de soleil et de neige. Entre les draps. Toute cette blancheur. Neige.

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