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Lu dans les Fragments d'un discours amoureux :

Un koan bouddhique dit ceci : « Le maître tient la tête du disciple sous l'eau, longtemps, longtemps; peu à peu les bulles se raréfient; au dernier moment, le maître sort le disciple, le ranime : quand tu auras désiré la vérité comme tu as désiré l'air, alors tu sauras ce qu'elle est. »

Absence. Je n'en peux plus de l'absence, de la distance qui m'éloigne de l'homme que j'aime. Je manque d'air. Je dis que c'est Insupportable.

L'absence de l'autre me tient la tête sous l'eau; peu à peu, j'étouffe, mon air se raréfie ; c'est par cette asphyxie que je reconstitue ma « vérité » et que je prépare l'Intraitable de l'amour.

On dirait que j'ai perdu mes objets magiques. Il dit : « Je ne sais plus où est passée la Script qui rêvait. »

Je me demande où sont passés les mots. Il me reste ces deux-là :

Insupportable.

Intraitable.

Pas de quoi jongler bien longtemps.

Ce matin à 7h08, je me suis levée et j'ai changé l'heure pour 6h08, comme tout le monde.

C'est dimanche, j'ai besoin de prendre l'air. Je marcherai de chez-moi jusqu'au Mont-Royal. Une fois là-haut, je chercherai mon souffle, mes rêves.

Une fois là-haut, je mangerai mon sandwich assise par terre, sous un chêne. J'enlèverai mes souliers.

Après, je descendrai le grand escalier jusqu'au centre-ville. Rue Sherbrooke, j'entrerai au Musée des Beaux-Arts. J'y passerai des heures avec les couleurs. Avec le silence peint sur les tableaux.

Je cherche des bulles d'air : ma « vérité ».