Van Gogh : Fatique

Mercredi 24 octobre, 9h30 du matin. Je sais, il faut que je travaille. Mais je suis fatiguée, si fatiguée. Je n'ai qu'une envie : m'endormir dans un champ de blé et ne pas travailler. Vivre dans ce tableau de Van Gogh. Ma fatigue entraîne un sentiment de faute, une douleur aiguë. Je ne me sens pas à la hauteur.

J'ai tout à coup très chaud. C'est le soleil du tableau ? Pourtant je suis à l'ombre, je ne comprends pas. Dehors, il fait sombre aujourd'hui et même un peu froid. L'automne. Je me demande si l'insouciance des jours d'été n'est pas due au soleil lui-même. Il donne l'impression que la nature qui chante m'enveloppe, qu'elle fait partie de mon espace intérieur. Quand il faut travailler, les jours sont identiques. Je peux faire aujourd'hui ce que je ferai demain. Alors pourquoi aujourd'hui je n'avance pas ? Je n'ai pas envie. Fatiguée. Je suis fatiguée des jours à venir qui seront identiques.

Les gens disent que la fatigue survient lorsque la vie n'est pas saturée d'activités, quand le temps devient disponible. Non. La fatigue est là quand on se fait bousculer par des activités qui n'ont pas de sens, qui n'apportent rien à l'esprit. Et on ne se rend pas compte. Le chat dort les trois-quart du temps, est-il fatigué ? Il faudra que je trouve du travail bientôt. Alors je me suis dit : je vais chercher du travail. Et cette activité m'embête, me fatigue. Parce que je ne trouve rien de vraiment intéressant. Rien. Alors Script se résignera à faire n'importe quoi pour avoir du blé ? Du blé pour payer la maison, les courses, et tout le tra la la ? Ri-di-cu-le. Cette fatigue-là ne sert à rien. Je n'y survivrais pas. Un travail pas emballant, pas motivant, ça fait mourir à petit feu par en-dedans.

Je ne fais pas partie de la foule qui marche et court. Hier, j'ai vu des rangées de dix personnes et plus se bousculer sur les trottoirs ou dans le métro à l'heure de la sortie des bureaux. Je n'ai pas du tout envie d'emboîter le pas à cette fatigue-là. Parce que toute cette agitation dont le monde semble avoir besoin, c'est quoi ? Un challenge ? La fatigue se refoule et on s'endort avec. On ne se réveille pas. On reste assis ou on se lève ? Se lever, est-ce la fatigue ? Ou est-ce plutôt rester assis qui fait voir la fatigue ?

Il y a des gens qui ne comprennent pas. Pour eux, la fatigue c'est quelque chose comme avoir de mauvaises manières, c'est comme marcher pieds nus ou manger avec les doigts. S'allonger dans un champ pour rêver. Écrire à longueur de journées. La fatigue est un état bienheureux qui permet de réfléchir. De s'éloigner un peu du bruit, en retrait du monde.