226. j'ai enlevé ma robe noire

hibiscus rouge

Continuer. Tourner la page. Vivre. Depuis hier, assommée par la grippe. Pas l'anthrax ni la variole. Fiou ! Je m'enveloppe de trois épaisseurs de lainages et après je sors affronter le vent et l'orage. Combattre la chaleur et le feu intérieur par le froid de l'automne. Des sushis. Une conversation douce en fin d'après-midi et du saké. Beaucoup de saké. Bouillant. Les orties dans la gorge et les abeilles dans les oreilles. Gracias a la vida.

Toute la nuit, le vent a soufflé par les petites fissures des fenêtres que je n'ai pas envie de « condamner » pour l'hiver. On aurait dit, cette nuit, que la maison était pleine de loups. De grâce...

J'ai heureusement retrouvé le Journal de Witold Gombrowicz sur une de mes piles de livres aimés. Il me semblait bien que quelques mots magiques m'y attendaient, l'oeil en coin. Tome I, 1953-1958, première partie :

Lundi.
Moi.

Mardi.
Moi.

Mercredi.
Moi.

Jeudi.
Moi.

Vendredi.
Magnanime, J. Radzyminska m'a fourni une quinzaine de numéros de [...]. La présence du Temps sur ces pages est tellement poignante qu'elle réveille en nous une soif d'immédiat, une volonté de vie et de réalisation, fut-elle imparfaite. Mais la vie, elle, passe comme derrière une vitre - au loin, et tout paraît déjà ne plus nous appartenir, comme si l'on regardait le réel depuis un train en marche.

J'ai envie de relire encore une fois ce journal, vu qu'il me semble que j'ai la mémoire un peu trop courte.

Je veux utiliser mes énergies et mes mots à raconter le charme des objets, et les objets que je charme, les objets qui me charment, ceux qui font de moi ce qu'ils veulent. Ceux que j'emmène où je veux. Ceux que je donne.

Le paradoxe est que je suis ici, je veux être ici et je voudrais au même moment être ailleurs. J'ai enlevé ma robe noire. J'ai oublié où je l'ai mise. Cette robe que j'ai usée jusqu'à la corde au point que j'ai failli me pendre avec ses fils noués bout à bout. C'est indécent, dire ça. Je le dis.

Je sais que je saute d’un sujet à l’autre sans vergogne. Sursaute. La gestion de l'information, ce n’est pas mon fort. Pas de mon ressort. Je préfère suivre les petits chemins, ceux qui vont dans la même direction. En essayant d'éviter les nids de poules. L'école buisonnière.

Demain, je me coucherai au soleil, sans un vêtement pour m'isoler de sa chaleur, je ferai la planche sur la mer du Temps.

Le soleil est mon plus vieil amant. Je dors à plat ventre sur le bord du lac de la nuit. Les paniers de pommes de terre. Les images de fleur de mes pages de journal vont se syndiquer. Elles demanderont ma tête à couper ? Pitié. J'appellerai à la rescousse mes animaux en voie de disparition. Tout le monde a du rouge dans le sang et une pigmentation qui va du blanc au noir. Brune. Pas noire. Noir, ça n'existe pas, on devrait avoir le courage de parler du brun. Métaphore. Métamorphose. K ? OK. Changeons de couleur et d'odeur juste pour un soir. Comme tu changes la vie en fleur, fais chanter la cigale dans l'amélanchier et que je me change à mon tour en lapin d'Alice au pays des Malices.

Ouf ! J’ai chaud ! Il est minuit. Je ne sais plus ce que je dis.

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