coccinelles

Jour zéro. Les objets magiques se cassent la figure. Ils manifestent, ils protestent. Ils écrivent le Petit manifeste des objets en cavale. Un mouchoir en papier est tombé dans mon verre d'eau. Le chat dort depuis le matin. L'avion de Sabena direction Bruxelles a dix minutes d'avance. Grrr. Pourquoi nous voler du temps ?

Les grains de riz font pareil. Tout comme les pommes de terre. On ne s'en sort pas : les objets se veulent couchés par terre. Pourquoi ? Peut-être parce qu'ils sont jaloux du fait que j'aurais dormi par terre.

La pluie d'hier soir coule de mes yeux. Larmes salées. Au fond du sac à dos, une petite boîte en forme de coeur. Sur la boîte, ces mots de Baudelaire :

La Nature est un temple où de vivants piliers
Laissent parfois sortir de confuses paroles;
L'homme y passe à travers des forêts de symboles
Qui l'observent avec des regards familiers.

Que faire avec de telles paroles gravées sur une petite boîte pleine de cailloux, de coquillages et de fleurs séchées ? Les objets traverseront l'océan. Dans le coeur de chacun d'eux, il y a mon coeur.

La pluie d'hier soir coule jusqu'au bout de mes doigts, par l'autoroute 203 qui passe par Saint-Coude-sur-lie. J'apprends à l'instant que Les fleurs du Mal ont disparu. Ah ? Le lit s'est vidé. L'eau s'est répandue dans la piscine des Hassidim d'en bas. Remplie à raz bord. Ce matin, la moitié du quartier se baigne dans de l'eau salée qui est tombée dans le noir. La mer de nos larmes. Et ils se baignent dans de l'eau noire, oh seigneur, de l'eau black comme du pétrole pas raffiné.

Tu veux prendre un dernier petit café avant de partir, très cher Jack ? Oui. Un petit café. Noir. Et serré, alors. Serré.