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Annie Dillard : « Ta liberté est le sous-produit de la trivialité de tes journées. »

Que se passe-t-il quand on écrit ? Le monde s'arrête d'exister. La terre de tourner. Un court instant de silence au coeur. Le temps que les mots écrits tombent de la main sur la page. L'autre jour, j'ai vu plus de quinze coccinelles sur le mur rouge d'une pagode chinoise. Hier, une seule coccinelle rouge s'acccrochait désespérément à mon sein gauche, par-dessus le tricot de ma veste en laine bleue. Le soleil brillait. Je m'imagine que voir une coccinelle posée sur soi porte-bonheur. Si je me demande ce que j'ai vécu de plus beau dans ma journée d'hier, je trouve sans hésiter que c'est ce moment où j'ai montré la coccinelle à Jack et qu'il a tendu son index : la coccinelle a monté sur son doigt. Il a attendu un peu, les yeux perdus dans le bleu du ciel, et alors, la coccinelle s'est envolée doucement, tout doucement. Jack pensait-il à autre chose ? Se souviendra-t-il de ce moment ? Collectionne-t-il les petits bonheurs comme moi ? Penser à lui demander. Et puis non. Cela ne me regarde peut-être pas, après tout. Chacun a droit à ses jardins secrets où s'envolent des coccinelles, tout doucement.

Victor Hugo a écrit ce charmant poème dans Les Contemplations : « La coccinelle ». Plus personne n'écrit comme ça. Sauf peut-être les enfants. Mais non. Je le colle ici ? OK. Pourquoi s'en priver ?

Elle me dit : Quelque chose
Me tourmente. Et j'aperçus
Son cou de neige, et, dessus,
Un petit insecte rose.

J'aurais dû - mais, sage ou fou,
A seize ans on est farouche,
Voir le baiser sur sa bouche
Plus que l'insecte à son cou.

On eût dit un coquillage;
Dos rose et taché de noir.
Les fauvettes pour nous voir
Se penchaient dans le feuillage.

Sa bouche franche était là :
Je me courbai sur la belle,
Et je pris la coccinelle;
Mais le baiser s'envola.

- Fils, apprends comme on me nomme,
Dit l'insecte du ciel bleu,
Les bêtes sont au bon Dieu,
Mais la bêtise est à l'homme.

J'ai suivi la piste de la coccinelle et j'ai trouvé que la femelle dépose jusqu'à 400 œufs au-dessous des feuilles hébergeant des colonies de pucerons. Elle fait ça chaque printemps. Patiemment. Une semaine plus tard, de petites larves colorées éclosent, les premières mangeant souvent les autres œufs. Ces larves, d'abord noirâtres, deviennent ensuite jaunes ou gris-bleuâtres et portent habituellement des verrues. Ouach !

Que se passe-t-il ensuite ? Ensuite, les larves se nourrissent de pucerons et de cochenilles. Elles en dévorent des quantités étonnantes. Les adultes aussi. Ils ne mangent pratiquement que ça. La larve de la coccinelle consomme durant son cycle larvaire jusqu'à 3000 pucerons. Alors on a décidé de se servir des coccinelles comme moyen de lutte biologique contre les pucerons qui abiment les cultures.

Les coccinelles aiment entrer dans les maisons pour hiberner au chaud. La chaleur les attire. Lorsqu'elles sont inquiétées, elles peuvent simuler la mort en cachant pattes et antennes dans des sillons de leur face antérieure. Elles rejettent également du sang (le sang des insectes n'est pas rouge, en fait il est incolore) par les articulations de leurs pattes et parfois même un liquide jaune très malodorant (le fameux « pipi » de coccinelle) pour faire fuir le prédateur.

J'ai envie de casser une vieille idée reçue : beaucoup de gens croient qu'en comptant les points sur le dos de la coccinelle, on peut savoir son âge. Eh bien, c'est faux ! Fini le vieux mythe ! En fait, le nombre de points différents correspond à différentes espèces. Ainsi, un mâle coccinelle à 7 points ne pourra se reproduire qu'avec une femelle coccinelle à 7 points. Et comment pourra-t-il la reconnaître ? En comptant les points ? Pas vraiment. Il la reconnaît à son parfum, bien spécifique, qu'il détectera grâce à ses antennes.