Delacroix : Le combat de Jacob et de l'Ange

Le dimanche 7 octobre 2001, 14 heures 55.

Je sors de mon bain où je me suis laissée tremper dans l'eau bouillante longtemps. J'ai passé la loofa sur chaque centimètre carré de ma peau jusqu'à ce qu'elle devienne rouge. Puis je me suis coupé les ongles avec délectation. Après, j'ai bu un bol de chocolat chaud et mangé une tartine à la compote de pommes et prunes.

J'ouvre La mort de Virgile au hasard, comme je le fais parfois avec la Bible, pour y trouver la lumière du jour sur mes interrogations.

Je ne cherche portant pas de réponses aux questions que je me pose depuis ce matin, juste de nouvelles questions. Je veux conserver, pour mémoire, ce passage découvert à la page 205. Aujourd'hui, j'ai autant besoin de ces mots de Broch que de l'air que je respire :

Le fond de l'existence était atteint. Il se tenait à la frontière, à la frontière du destin, à la frontière du hasard, il se tenait à la frontière; vidée de substance son attente, vidée de substance son écoute, vidée de substance sa vision, vidé de substance son savoir, mais dans un vide et une privation de substance si parfaits, il savait que la frontière allait s'ouvrir. Et d'abord, très doux, comme si on ne voulait pas l'effrayer, le chuchotement qu'il avait déjà perçu une première fois recommença au tréfonds de son oreille, au tréfonds de son âme, au tréfonds de son coeur, tout en étant également autour de lui, provenant de l'obscurité la plus extrême, écoulant son flot dans la nuit, puisant son flot dans la nuit; et c'était un son aussi puissant dans sa grandeur paisible que celui auquel il avait dû se soumettre autrefois, dans sa contrition; cela s'enflait comme autrefois, l'emplissait, l'enveloppait, [...]une voix d'une si grande solitude qu'elle scintillait comme une étoile unique dans l'obscurité, [...]c'était le grondement d'airain de la mer autant que le froissement argentin de l'automne, le coup de cymbale des étoiles autant que la chaude haleine des troupeaux, la mélodie lunaire de la flûte autant que la rosée sur les haies ensoleillées de l'enfance, [...]

Je ne cherche pas de réponses à mes questions. Il n'y en a pas. On ne peut rien faire avec des réponses, ça ne sert à rien. Ce qui fait avancer ce sont les questions brillantes, tout simplement, pour continuer à douter et chercher, explorer, scruter les étoiles et la mer. L'enfance. Virgile, merci. Cette journée est magnifique, historique. Malgré le fait que la guerre soit commencée pour de vrai.