214. stabat mater

fleurs mauves dont j'ignore le nom

Hier soir une petite tomate a roulé sous la table du four à micro-ondes. Je n'ai pas été la chercher. Jack l'a fait. Il a fallu tirer le meuble et prendre un long couteau pour attraper la fugitive qui s'était coincée tout au fond près du mur. Complètement recouverte de mousse. On la mange ? Non.

La fièvre des mots est là. Elle me tient à sa merci. J'aimerais mieux partir immédiatement à la campagne. Trouver un champ de fleurs mauves et m'allonger sur le dos pour me perdre dans le bleu du ciel. Au-dessus de Montréal, le ciel est blanc. Si je ne pars pas tout de suite je me laisserai envahir par les douces sensations qui m'éloigneront de l'écriture et des fleurs.

Le corps a besoin de tendresse et de caresses plusieurs fois par jour. Devrais-je dominer ces instincts où m'y abandonner ? Je cherche la voie. Pour écrire, ne vaudrait-il pas mieux tendre vers la privation des sens ? Je cherche, j'essaie tout, n'importe quoi. Je crois plus ou moins que le fait de se priver de nourriture ou de sexe amène davantage de clarté à la pensée. Pourtant, je rêve de vivre en ermite, loin du monde. Je me demande si l'ascèse pourrait venir à bout du chaos intérieur, dominer les émotions et libérer l'écriture. Je me dis que oui. Mais j'ai besoin d'être en relation avec des gens. Que faire ?

Où j'en suis aujourd'hui ? Confusion de la pensée et des sentiments. Sinusite qui me serre la tête dans un étau et me donne envie de pleurer et encore pleurer. Ainsi, je ne peux aller bien loin dans mes réflexions. Pas fait de yoga depuis trois semaines. Le corps lourd comme une grosse pierre. Laide. Pâle comme un linge. Les cheveux emmêlés. Je voudrais être une fleur mauve. Je ne respire plus qu'en surface, dans ma tête. Le bruit qui m'entoure me fait horreur. J'ai besoin de silence. De paix. Stabat mater.

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