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Quand je suis occupée nous sommes occupés à vivre intensément ma notre vie, quand je vis nous vivons et que j'y mets nous y mettons toutes mes nos énergies, et surtout quand je ne suis nous ne sommes pas trop tristes et que tout va bien, divinement bien, je crois que le journal devient moins intéressant à lire. À la limite, quand ça va trop bien, on a rien à écrire dans un journal de type journal.

C'est pour ça qu'hier j'ai écrit une histoire, une petite fiction. Et c'est pour ça que ce matin, à 12:01, j'ai écrit des bla bla. Mais là je mens. Ce n'est pas moi qui ai écrit les bla bla, c'est Jack. Deuxième mensonge éhonté. OK, j'avoue : c'est bien moi qui ai écrit les bla bla, mais c'était pour voir comment disposer du texte à côté des images.

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Alors ce matin, Jack est venu dans le bureau, près de moi qui écrivais et il voulait m'amener dans la chambre pour discuter et surtout pour la tendresse. Mais avant, il s'est assis dans le fauteuil, il avait la couette à carreaux bleus sur le dos [il fait toujours aussi froid] et il a dit : elle est très bien cette page, c'est un Tag, un Tag. Alors il a dit : il faut la publier je vais la publier comme ça.

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Il n'y a que ça... que peux-tu écrire d'autre ? Rien. J'ai dit rien. Rien d'autre à écrire que des bla bla. Mais j'étais loin de l'idée de faire réagir les lecteurs. Je ne pense jamais à ça et Jack non plus un peu plus mais pas trop. J'ai toujours l'impression très fugitive que le lecteur est dans ma tête et là, il réagit déjà pas mal fort, alors je suis plutôt portée à lui laisser le plus de lilberté possible.Voilà toute l'histoire qui pourrait conclure l'incident des bla bla.

Ces mots-là, que Jack a balayés avec un revers de manche invisible, sur le bord du bureau, au milieu de la fumée de l'encens, Pouf ! dans la corbeille rouge au dessin des Rolling Stones, ces mots-là dis-je, sont ici.

Mais il y a des mots qui sont restés perdus dans le fond du fichier, tombés dans son regard absent et son iris absynthe. Je ne sais pas où c'est, où se trouve le pays des iris et des regards. Et les mots perdus courent dans ce pays où l'on se cache par honte et où l'on s'enfonce la tête entre les oreillers. 

Moi, je ne veux pas les laisser là, torpiller le navire qui part en exil, parfois, au détour d'une activité physique ou cérébrale. Non, je ne veux vraiment pas.