203. automne 2001, jour I

Kiyomasu : L'acteur Ichikawa Danjuro

Le jour où je m'installerai devant cette page et que je n'aurai rien à écrire, ce sera la fin de ce journal. C'est rare que je me sente à court de mots ou que je n'aie pas envie d'écrire un billet. Ce matin, c'est ce que je ressens. Ça ne m'énerve pas.

J'aurais pu, parce que je savais ce qui se passait en moi, ne pas ouvrir mon éditeur de texte et prendre congé de journal pour aujourd'hui. Sauter une journée, je l'ai déjà fait.

Ne plus avoir de mots ça m'est déjà arrivé et ça ne m'énerve pas. C'est le premier jour de l'automne et il pleut.

Jaurais pu ne pas écrire au lieu d'écrire le rien-à-dire, sauf que c'est le premier jour de l'automne et que je m'étais juré de célébrer cette première fois d'une nouvelle saison. Juré. Alors je tiens parole. C'est peut-être cette magnifique estampe trouvée hier qui m'écrase. Elle est un peu trop violente. Elle ne me ressemble pas beaucoup.

Alors c'est pour ça que je l'ai collée sur cette page et que je vais la garder et la regarder, même si elle me coupe l'inspiration. Inhibition ? Angoisse ? Aucune idée.

Hier, la journée n'a pas été très bonne. J'ai vécu des moments difficiles, ressenti de la souffrance que je n'attendais pas.

C'est pour ça que ce matin, les mots font le vide en moi. Les mots m'ont fuie. Est-ce à cause de l'acteur japonais à la peau orange qui me fait la grimace en me balançant toute sa haine ? Ça se peut.

Pour m'en sortir, je vais lire, faire un peu de ménage. Prendre congé d'écriture. Et si un jour il arrivait que je n'aie plus rien à écrire jamais, ça serait la fin de ce journal, rien de plus. Ça ne m'énerve pas. Tout finit par finir, tout finit par mourir. Après, la vie continue, et tu continues à vivre.

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