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Petit matin nostalgique. Matin de brume. J'ouvre les yeux sur le dernier jour de l'été 2001. La fin de l'été marque en même temps la fin de la troisième saison de ce journal. Un été de toutes les couleurs, chaud, tendre et plein de soleil.

L'été 2001 c'est l'amour avec Jack, les objets magiques, les journées à rêver et les nuits de poésie.

2001 : l'été des fées qui soufflent des mots avec l'envie de réinventer le monde. Et Poetic Island.

J'aime la brume. D'après le dictionnaire, la brume est un brouillard plus ou moins épais. Pour les météorologues, c'est un brouillard léger qui laisse une visibilité supérieure à 1 kilomètre. Ces définitions ne me disent pas grand chose car je ne connais pas vraiment le brouillard. Je préfère marcher dans la brume en rêvant que ce mince rideau de vapeur blanche contient une parcelle de vérité sur le monde. Je préfère constater que la brume laisse ma peau douce et mes cheveux plus bouclés.

J'aimerais pourvoir conjuguer des verbes qui n'existent pas. Dire : je brume, tu brumes, il brume... Sans accent. Je peux ? Je le fais. Ça ne veut rien dire ? Pour moi, dire « je brume » a un sens. Je brume c'est quand je me sens envahie intérieurement de passion et de nostalgie. Savoir d'avance que la brume va se lever et ne pouvoir rien y changer. Rester dedans de toutes mes forces. M'imaginer que la brume peut empêcher les avions de voler et la guerre d'éclater quelque part dans le monde. Si je ferme les yeux dans la brume en me laissant brumer, je lui donne le pouvoir de changer le cours du mouvement des choses.

Il était très tôt ce matin quand je suis sortie marcher. Quand il brume, je fais toujours ça. Impossible de rester dans la maison. Elle est plus forte que le soleil. Plus douce que la pluie, plus chaude que la neige. La brume est ma meilleure amie. Je lui confie tout. Elle est comme une sorte de journal intime qui serait caché dans le secret de mon coeur. Les jours de brume, j'écris dedans, je note mentalement. Ce matin donc, j'ai tout avoué à la brume, tout ce qui me pesait. Les petites misères du quotidien, les tracasseries qui ne devraient pas m'atteindre, les peurs, le désir que l'amour continue de grandir, le non à la menace de guerre qui plane sur le monde, l'espoir que le roman soit publié bientôt, que telle et telle amie rephase avec ses désirs profonds et que mes personnages me laissent dormir un peu.

J'ai marché, marché. Je note que les feuilles deviennent peu à peu jaunes, rouges, or, brunes, et qu'elles commencent à tomber. Je note aussi que depuis quelques jours, le temps semble arrêté. Les horloges recommenceront à tictaquer lundi vers 18 heures. Lundi. D'ici là ? D'ici là, l'automne arrive demain. Je lui prépare un fauteuil. Faut que je rentre les plantes qui ont vécu dehors tout l'été. Les géraniums, l'euchera sanguinaria, et la misère odorante et violette. Direction l'intérieur du cockpit de pilotage. Je note que j'ai besoin que mon astronef soit fleuri. Je prépare l'automne ?

Vous savez quoi, très cher lecteur ? Il n'y aura pas de guerre. Non. J'en ai la certitude absolue. Comment je le sais ? Tout à l'heure, c'est la brume qui me l'a brumé à l'oreille. Moi, je la crois. Je v-e-u-x y croire.