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Chaos, horreur. Pas d'autres mots ne viennent. Au-delà du choc, je pense à Jack qui était si heureux de prendre l'avion demain pour venir me rejoindre à Montréal. Double choc, donc. Jack est coincé là-bas. Jusqu'à quand ? Nous avons la chance d'être vivants et de pouvoir encore communiquer par internet ou par téléphone. Chanceux. Pour combien de temps ? Y aura-t-il des suites à cette catastrophe ?

Dimanche, j'écrivais ma peur. Dans la liste de mes peurs, j'avais omis le terrorisme. Aujourd'hui, j'écris le mot sur une feuille et je mets la feuille sur le tas. Avec les autres.

Dimanche j'écrivais ma peur et, en réaction à la page 191, une lectrice m'écrivait ceci : « Je ne comprends pas tellement tes peurs car je suis un peu à l'opposé de toi en ce sens: ce que pensent les autres, je suis en mesure de voir que ça ne m'appartient pas et je préfère de loin crier mon nom très très fort, pour me rappeler que je suis toujours vivante. Et surtout leur donner un beau coup de pied au cul, avec le majeur levé bien haut. Et puis finalement, ces tortionnaires et ces bourreaux, qui n'existent qu'à travers ta pensée ­ et d'ailleurs, même s'ils existaient - ne leur donnes-tu pas un pouvoir que seule toi peux modifier ? »

Dimanche j'écrivais ma peur et ce mail m'a choquée et blessée. Comment, me suis-je dit, les tortionnaires et les bourreaux n'existent que dans ma pensée ? Pourtant, le génocide au Rwanda, le génocide Arménien, et la Shoah ont bel et bien eu lieu, ils ne sont pas le fait de ma pensée [en douterait-elle?]. Que la bêtise et la cruauté fassent peur, c'est une réaction humaine normale et saine. On ne peut pas vivre en s'étourdissant et en faisant semblant que tout est parfait dans le meilleur des mondes. En ne pensant qu'à soi pendant que les gens crèvent de faim ou du sida dans la rue d'à côté sans lever le petit doigt. On préfère lever le majeur? Comme vous voulez. Et ce matin, dear lectrice, les tueurs sont-ils dans ma tête ? Qu'en pensez-vous ?

Dimanche j'écrivais ma peur et je suis convaincue que la peur ne donne pas de pouvoir aux autres, elle ne donne de pouvoir à personne d'autre qu'à soi. Mais ce n'est même pas une question de pouvoir. Les autres, ils n'ont pas besoin de ma peur pour agir, pour tuer et attaquer. Ma peur c'est la preuve que je suis vivante, que j'existe, point. J'ai pas besoin de crier mon nom haut et fort pour exister. On s'en fiche de mon nom. Cela n'a rien à voir avec le sujet. Je dis juste qu'il faut avoir peur quand nous sommes en danger. Parce que c'est ce qui permet d'agir, de se protéger et de protéger les autres. D'être solidaires et de s'entraider.

Dimanche j'écrivais ma peur et aujourd'hui, mardi, j'écoute la radio. On rapporte que les gens à New-york n'étaient pas en sécurité contre ce type d'attaque. Pas en sécurité ? Je ne sais pas. Tout ce que je sais c'est que pour ces milliers de gens qui sont morts ce matin dans des circonstances terribles, il est maintenant trop tard pour avoir peur.