choke cherry

Groseilles : nom féminin. Petits fruits rouges, sauvages, parfois un peu piquants. Sucrés et acidulés. Miam. Baies que l'on cueille l'automne dans les bois et qui laissent la bouche rouge foncé et heureuse. Les petits fruits rouges sont sirupeux, ils roulent. Comme l'amour physique. Ronds. Comme un nombril qui demande sa part des choses.

J'aurais voulu arrêter ses mains qui s'acharnaient à arracher mes vêtements, un par un. Juste pour pouvoir se servir de mon corps, apaiser son envie d'embrasser. Arrête, reviens, folie douce et vengeresse. Pourquoi donc tant d'attirance physique ? Il vient vers moi et je donne mon esprit pour qu'il mange mon corps qui l'accompagne.

Ronge. Me voilà dépossédée des commandes du bord, il ne cesse de me manipuler de babord à tribord. Donne, ronge, avance et me voilà disparue dans le trou de ses envies. Où suis-je ? Il a attaché ses mains autour de ma taille pour ne plus me perdre dans les replis des draps. Je ne vois plus ses bras, noirs et sans issus. Me voilà au-dessus, j'aspire le venin et, frôlant la délicatesse de mes seins, il tente un baiser fougueux dans l'impossibilité du noir qui me dissimule.

Fatigue. Voilà qu'il est presque incapable de bouger lui-même. Il a essayé de continuer mais il n'en peut plus, son corps est épuisé. Et moi, c'est comme si j'étais si fatiguée physiquement que je ne puisses plus rien faire que subir son amour physique. Je suis là, haletante et mes bras sont lourds, mon ventre est large et ouvert. Je n'ai plus la force de parler ni de regarder mais juste de me recroqueviller dans mon esprit pour laisser pénétrer le flux de plaisir en moi.

J'aimerais tellement que ce soit ça. Ce n'est pas ça. Ce sont les mots de l'amour physique qui sont fatigués, épuisés. Le corps, lui, veut suivre les mots. Il veut être exténué, supplié et puis les mots... ah les mots.

Images. L'amour c'est comme chercher des images de fruits sauvages, ceux que l'on cueille l'automne dans les bois et qui laissent la bouche rouge foncé et amère. Les petits fruits rouges sont si sucrés, ils sont comme l'amour physique.

Quand il me fait l'amour, il met autant de passion que lorsque je cherche des mots ou des images de fruits sauvages. Les sens exacerbés s'ouvrent comme une fleur. Le plaisir se multiplie par dix milliards d'ondes lumineuses. Je ne sais plus ce que je dis. La jouissance venge l'absence qui fait souffrir.

Rouge. J'écris encore l'amour du corps. Je m'écris moi. Avec des petits fruits rouges qui glissent, perdus dans le nombril. Divin le nombril. Il est là et il veut sa part des choses. Il a peine à savoir s'il y est bien calé, il y colle une oreille. Mais là-bas, c'est l'univers, tempête du désert et jungle vierge. Le voilà parti, moi toujours haletante, suppliant pour un dernier fruit rouge. Il met son couvre chef pour ne pas perdre la raison et en chemin il va et il vient dans le fruit de son amour, pour ne pas perdre l'équilibre de ce qu'il veut me faire subir. Nous voilà complices et supplices d'acier trempé. A chaud ? Il me demande si j'ai chaud. Je dis oui. As-tu chaud ? Je dis non, je ne sais pas, je le griffe à ne pas vouloir déranger mon esprit qui n'existe plus. Nous voilà dans de beaux draps.

Caresse. Rester entre les draps, bien en dessous. Cachés. Rêver. Rêver l'autre rouge et sauvage. Il a les bras noirs? Non. Je détache ses mains, il ne me perdra pas. Il me tient par le rêve et les mots. Il me jouit. Il me consiste d'avalanches caresses. Et c'est pour ça que je respire. C'est pour ça que je tends les yeux : je hume sa douceur et sa folle envie de parcourir le fond du lit à la recherche des cigales ou des petites fleurs des champs. Nous sommes cachés dans des roses de caresses. Si je tends une main il est là et il palpite. Si je ne la tends pas c'est lui qui s'approche doucement. On ne se voit pas, il fait noir depuis toujours et pourtant sans avoir à avancer le bras on sent l'envie du frémissement qui nous gagne. On se tourne autour comme deux fauves, je lui donne un mot qu'il déchire avec une dent pour voir ce qu'il y a dedans et d'un gémissement ou un soupir me voila chavirée de plaisir.

Larmes. Je donne quelques mots rouges de fleurs et de fruits et ça me fait pleurer d'amour. Comment peut-on pleurer de trop d'amour ? Le plaisir est si pur et tendre. Allons.

Il fait noir, les mots se cachent et se tordent. Je suis dans le coeur de l'autre, si je bouge je le touche, c'est forcé. Et s'il est dans le mien, s'il bouge, il déclenche mes mots qui veulent devenir plaisir. Je ne pleure pas avec des sanglots. Les mots font glisser quelques larmes sur mes yeux. Nous habitons chacun le coeur de l'autre.