chateau

Un autre petit matin doux où je ferais bien des bisous du matin à quelqu'un qui est loin. Je rêve à des bisous devant mon café qui fume, avec des petites particules de café qui nagent dedans, la chaleur du bol qui me chauffe les mains, le silence de la maison autour de moi et mon plaisir intérieur à écrire des mots ici, sur cette page, à boire des mots devant mon café, à lire du café en buvant ses mots.

L'effervescence des mots s'empare de mon esprit, me gagne la tête. Mon esprit est simple et dénoué par la nuit et il peut se remplir de mots et d'idées. Le café, c'est la même chose pour le corps.

Devant moi, la journée m'attend, je sens le temps qui veut m'aspirer à réaliser mes rêves d'aujourd'hui. Avant-hier, j'ai fini d'imprimer tout mon manuscrit. Hier j'ai fait des courses. Aujourd'hui, je ferai quoi ? Le temps est devant et le café dans ma bouche. Les mots dansent sur l'écran. J'avale une gorgée et c'est parti, ça me donne la force pour cliquer et rire. Sourire et penser à écrire et crier des milliers de choses, des choses folles comme ce qui m'est arrivé hier soir. Je raconte ? O.K.

Hier soir, Jane est repassée ici. Elle s'est assise dans un coin de la pièce pendant que je subissais les affres de la fatigue de la journée. J'ai rassemblé mes troupes, dans mes pensées, pour pouvoir lui parler. Faire front de mes mots. Et elle a tendu son arc vers moi pour que j'y étende mes phrases à faire sécher.

Elle s'est levée, elle a enfilé son armure blanche et elle a pris son étendard à fleurs de Lys. Au loin, on voyait les murailles d'Orléans qui nous attendaient.

Orléans. J'ai dit: « Ou est ma besace ? » mais j'étais déjà à cheval. Jane avait lancé son regard en avant et malgré ma fatigue je me suis cramponnée à la selle.

Les murailles d'Orléans sont hautes et blanches. En bas, sur le bord des pierres taillées, la mousse ronge les angles avec application. Au pied de la face Est, près du lieu dit Taboussac, un petit feu crépite et deux va-nu-pieds font fondre leur misère. J'ai dit à Jane: « Arrêtons-nous ? ». Et nous sommes entrés dans Orléans et je n'ai pu aller bien loin car j'ai dû tomber de cheval.

Jane s'est assise dans un coin de la pièce pendant que je subissais les affres de la fatigue de la journée. « Repose-toi. Et regarde, dit elle, je t'ai mis un passager près de toi.» J'ai avoué que quelqu'un s'était imiscé dans mes rêves. Pourquoi j'ai dit ça ?

Elle a dit : « ... un passager ? » Et après, j'ai senti une chaleur sur mon ventre. Le cuir de la besace me chauffait, rougeoyait.

J'ai dit : « Passager ? Qu'est-ce que ça veut dire ? Short time ? »

J'espère que non, j'espère que non.