Pablo Picasso : <em>Étreinte</em>

Picasso avait dessiné L'Étreinte au crayon noir sur une enveloppe brune, puis il avait posté la lettre à Barcelone le 19 mars 1901. J'adore ce genre de détails. Il devait être assis à la terrasse d'un Café, juste en face d'un bordel Modern Style.

Une parole célèbre du peintre ? Ok, je m'exécute, à la demande générale... : « L'art n'est pas chaste. Ou s'il est chaste, ce n'est pas de l'art. »

Assise au milieu d'une allée de roses, si j'observe la folie du jardinier sculpteur, j'y vois le plaisir d'avoir fait pousser les folies du coeur au long cours.

J'y vois des insectes bleus se déposer sans soucis, autour de capucines ou de géraniums grimpants, de leurs fardeaux et de leurs occupations faramineuses. Si je plisse les yeux, les images se tordent.

Regardons mieux. Les plantes me sourient toujours. Elles se plient à des pérégrinations fractales vers le ciel et moi. Tout mon être se tend vers les feuillages qui veulent envelopper ma nudité.

Me ressourcer consiste à prendre le temps de savoir que je me ressource, à trouver, retrouver la source de ce qui motive le coeur en premier lieu. Savoir cultiver ce qui donne l'envie de vivre.

Me ressourcer consiste à me laisser être heureuse. Je me donne à la nature végétale ou aquatique et me voilà conquise. Je trouve un coin de banc. Je m'y saupoudre. Me voilà devenue une fleur qui compose le tableau alentour. Je ne sais pas si l'on me voit.

Il n'y a personne à qui parler dans ce monde-là. C'est normal, je suis à ma source et Jack nage dans le torrent voisin pour me retrouver. C'est froid, j'ai déposé des glaçons avec des petites voiles en feuilles de chêne qui flottent sur les remous. Les petits glaçons sont partis le 15 mars 1583. Si Jack ne se dépêche pas de sortir de l'eau froide pour venir se sécher près de moi [héhé, c'est moi qui ai repris la serviette éponge bleue avec des étoiles jaunes...], il va finir par les voir arriver. Mais je suis confiante. Je souris. Nage-t-il la bouche ouverte ?