tiliaceae

Hier, j'ai découvert une lettre de Jack dans une bouteille venue de la mer. Quelle surprise !

[Noter que je fais semblant d'être surprise, mais je savais bien depuis le début - et quelques rusés lecteurs aussi - que Jack était Stephen/Steph/S., non ?] On se demande sans doute pourquoi Script avait rebaptisé Jack. En fait, c'est une longue histoire. La correspondance avec Jack remonte au tout début de la publication du journal. Et quand j'ai commencé à publier ses lettres, il n'était pas encore question d'amour entre nous deux. On n'imaginait pas que cela pouvait arriver. Une agréable amitié par emails s'était installée et après, tout doucement, l'amour est né. Nous avons été surpris, n'osant trop y croire. Et puis nous sommes passés aux aveux, et ensuite aux projets de rencontre, et aux projets d'avenir. Puis nous nous sommes retrouvés sur Poetic Island et demandons tous les jours aux fées et au vieil ermite qui rôdent par là de réaliser notre rêve de passer notre vie ensemble. Nous nous aimons très fort.

Chose certaine, si la confusion des pseudos se dissipe, c'est pour retrouver une plus grande liberté d'écrire. Notre correspondance reprendra-t-elle dans le cadre du journal ? Nous verrons. D'abord l'aveu, ensuite les lendemains et la vie quotidienne reprendra son cours. Pour le moment, je vis dans l'île, je dors, je mange, je lis, je nage dans la mer, j'écris, j'aime Jack, puis je recommence. Je ne rentrerai pas à Montréal tout de suite. Demain, Jack retourne au travail, et moi je reste ici quelque temps, pour vivre en ermite.

Et noter cette histoire lue hier soir avec Jack auprès du feu qui crépitait sur la plage (Philémon et Baucis, Ovide : Métamorphoses, VIII, vers 620-724) :

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Un jour, les dieux Zeus et Hermès décidèrent de parcourir le monde sous l'aspect de simples mortels. Dans un village, les deux voyageurs frappèrent aux portes des maisons et demandèrent un abri pour se reposer mais personne ne voulut les laisser entrer.

La dernière porte devant laquelle ils se présentèrent était celle d'une petite maison où vivaient une femme, Baucis, et son époux Philémon. Philémon et Baucis accueillirent chez eux les deux voyageurs et leur offrirent un repas simple mais excellent : du fromage, quelques légumes, un peu de poulet, des fruits et du miel.

Sur la table, Philémon et Baucis avaient placé une carafe de vin. Ils s'aperçurent bientôt que chaque fois que l'un des convives buvait le vin, la carafe se remplissait toute seule aussitôt après.

Alors Zeus et Hermès se présentèrent : « nous sommes des dieux » expliquèrent-ils, et ils demandèrent à Philémon et Baucis de les accompagner au sommet de la colline qui dominait le village.

Du haut de la colline, Zeus engloutit le village sous les eaux pour punir les habitants de leur égoïsme. Seule la maison de Philémon et Baucis ne fut pas recouverte par les eaux : Zeus la transforma en un magnifique temple.

Ensuite le roi des dieux demanda aux deux amoureux ce qu'ils souhaitaient. Ils répondirent qu'ils désiraient mourir ensemble lorsque le moment serait venu.

Leurs voeux se réalisèrent; ils eurent la garde du temple aussi longtemps que la vie leur fut accordée. Et un jour que, brisés par l'âge et les ans, ils se tenaient devant les marches sacrées et racontaient l'histoire de ce lieu, Baucis vit Philémon se couvrir de feuilles, et en même temps, le vieux Philémon vit des feuilles couvrir le corps aimé de Baucis.

Déjà, une cime s'élevait au-dessus de leurs deux visages; tant qu'ils le purent, ils s'entretinrent l'un avec l'autre : « Adieu, mon cher amour », dirent-ils en même temps et une tige enveloppa leurs bouches qui disparurent.

Tout près de l'ermitage pousse un arbre aux feuilles en forme de coeur, un très vieux tilleul [nom latin : tilia]. Cet arbre a deux troncs voisins, qui semblent nés d'un même corps. C'est sans doute l'arbre de Baucis et Philémon, lui un chêne, elle un tilleul.

Ce matin, nous avons vu des guirlandes suspendues aux branches. Ça doit être un cadeau de la fée, pour que vive l'amour.