la belle dame sans merci

Voilà que je me pose la question piège à nouveau : qu'est-ce que je suis venue faire dans le cyberdiarisme ? Rien que le mot est à coucher dehors trois jours sous la pluie battante. J'ai rien à voir avec tout cela. Et vice versa. Je me bute pour la cent millionnième fois à la même question, pourquoi ?

J'aurai beau user de poésie, de fleurs sauvages et de citations, je ne changerai pas le cours des choses. Aujourd'hui c'est jeudi, 5 juillet. Je m'étais dit que vivre mes rêves étaient un bon plan. J'ai donc pris mon baluchon et j'ai changé de chaise. Yeah ! On m'avait pas dit qu'une tortue qui mange de la salade habitait ici. J'ai prié, poussé, éucté mes compliments d'un jour et j'ai attendu. Bref, on m'avait pas dit mais les tortues, ça parle.

Après, j'ai décidé qu'en allongeant les bras, je pouvais encore taper mes imbécillités sur le clavier de mon ordinateur. Oui, monsieur. Parfaitement, monsieur. Révélation supraliminique, j'ai donc dit que si j'étais au-dessus du goufre je pouvais quand même communiquer par-dessus, les bras tendus. Ça marche. Et amenez-en du café. Noir.

Ensuite, je me suis accusée de savoir que tous les goufres, je les absorbe, et que même si je le dis le moins possible, j'ai une tête grosse comme une pastèque et une assurance tout risques, tous frais payés, rapatriement en cas de guerre bactériologique globale inclus. On m'avait prévenue et je n'en fait qu'à ma tête. C'est bien ça ? Oui, je le crois. Yes. I believe. Toi, y crois-tu ? Oui. Ah bon ! Oui ? Eh oui. Et t'aimes ça ? Oui. Of course. Sir ? Yes sir.

Si j'avais un dictionnaire de la langue des sentiments, j'irais voir la définition à R comme dans Ronger. Et puis j'irais explorer toute la masse de ce qu'il faut savoir pour contrôler l'autre. Contrôle parfait et total, symbiose d'une partie de mon non moi avec mon moi, c'est-à-dire quelque chose d'impossible et de chérissable. Après, je ferais des tableaux sur le sable, avec mon bâton qui voit tout, je ferais des colonnes de chiffres et de calculs. Un point ici, un point là. Un trou et un autre trou.

Le truc, c'est que j'ai ce dictionnaire en moi, et les calculs, je les maîtrise parfaitement. J'en respire de bonheur. Je sens les intégrales, mais quand des envies curvilignes s'en mêlent, je dis que cela n'est pas juste de tout devoir calculer sauf que, à défaut d'autre chose, on peut toujours procéder ainsi : terrain inédit, vierge, inexploré, envie sublime et humaine. Je repousse le dictionnaire et ses conclusions et je regarde au loin. Ohé !

J'avais pas prévu que je me donnerais à moi-même le plus grand défi. Finalement, c'est moi qui ai lâché la pire attaque qu'on pouvait tenter de me porter. Mais le truc, c'est ça : si je donne la meilleure stratégie, je sais aussi comment la parer. Back door ! Avancez en arrière ! Je prévois mes coups à l'avance, dans mon échiquier intérieur. Là, rien n'est posé au hasard, mais on devrait plutôt dire que j'évite de me jeter dans une impasse. Je ne prémédite pas, ni ne calcule mais je m'arrange avec mon coeur pour tenir des conférences journalières dont le sujet de débat tourne autour de l'évitement des culs-de-sac qui enlisent. Et quoi ? Je triomphe ?

Oui.

Donnez-moi seulement un peu de votre temps. Donnez-moi seulement un peu de vos forces.

Il suffit de me rassembler sur le sol, de me reconstituer après un éparpillement soudain, un choc violent. Quoi ? Je suis toute cassée ? Et alors ?

Alors oui. Je dis oui.

Et c'est là que le défi se pare de beauté. Même toute cassée, vais-je refaire surface ou disséminer mes spores sur le sol à nu ? J'en parle parfois à ma pomme de pin et aux centaines de cailloux roses, blancs et gris qui poussent sur mon bureau. On en discute, et la solution est claire pour eux : il est 17h14 et c'est jeudi. Le ciel fait bleu comme un crabe.

Roule !