enid and geraint wheelwright

J'aime contempler le ciel. J'imagine que les étoiles me font signe de temps en temps : allez, monte. Alors je dis, je ne peux pas, sans ascenseur. Le cheval suit l'étoile, il ne sort jamais de la route. Quelqu'un chante. Pourquoi chante-t-il si fort ? Les voix humaines s'entêtent à mentir, à tricher. Je n'ai rien fait. Qui donc m'a lancé cette pierre ?

Je marche le long d'un mur de pierres recouvert de glycines et de rosiers grimpants. La nuit tombe dans les rues désertes. Des petits cailloux se détachent du mur. Il prend ma main et la met sur son coeur. Le coeur est chaud, chaud. Ma main reste là. Elle chevauche et suit le chemin qui a du coeur.

Collage de mots-impressions des derniers jours :

ils ont trouvé un homme mort tout seul dans un coin à deux rues d'ici

laver le sang
cracher par terre
cacher
bouder
jurer
mentir
fuir
maudire
Adam
Ève
serpent
pomme
jardin
père
mère
sexe
argent
maison
ville
rue
parking

adhérer à la réalité

il a dit : se fondre dans le monde

Oui. Mais il est où, le monde ?

par en-dedans, une large fissure par laquelle s'écoulent les choses inutiles et vides
la fissure est un centre séparé où tu pleures
la cour se lève : une matinée au palais de justice. Des toges noires. Quelqu'un raconte une histoire. Il raconte trop fort. Qui donc m'a tuée ? Elle regardait le ciel. Les étoiles se miraient dans son oeil glissant sur les surfaces glacées d'un cinquante-troisième étage. Dire soudain je n'étais pas là. J'ai rêvé et je suis tombée en bas de mon lit. Aouch. En bas du building. On m'a poussée. La fissure s'élargit dans la rue. Il ouvre les ailes et appuie sur le bouton de l'ascenseur. Basement. Main floor. Exit. Gratte-ciel.

Hier matin, vers six heures du matin, devant chez-moi, il y avait une énorme gigantesque flaque de sang sur le trottoir et des goutte géantes et des traces rouge noir partout. Les policiers ont mis des cordons jaunes autour de mon escalier et de celui du voisin. Je ne pouvais pas sortir sinon faire le tour par la galerie d'à côté. Contourner le périmêtre de sécurité. Ils ont suivi les traces. Ils ont demandé. Non, on a rien vu. Personne avait rien vu. Qui avait saigné là ? Pas moi, c'est pas moi. Moi non plus. Personne voit jamais rien. Ils ont trouvé un homme mort tout seul caché dans un coin à deux rues d'ici. Dehors. Comme un chat mort. Il s'était vidé de tout son sang sur le trottoir pendant que tout le monde dormait. Il a dû mourir la nuit. Ils l'ont trouvé passé midi. Il avait mis du sang partout. C'est affreux. Je n'ai jamais vu autant de sang. Je n'ai pas vu de photographes ni de caméras. Une mort anonyme. Le seul journal qui parle de cette mort c'est le mien. Perdu sur le net. Personne l'a lu. Personne lit jamais rien.

La ville endormie ne dort pas, elle meurt.

J'ai vu un homme-araignée monter jusqu'en haut d'une tour du centre-ville aux parois en miroir bleuté, parfaitement lisses. L'homme ne tombe pas, sans ascenseur.