125. la fin d'une saison intérieure

Ce sera bientôt la fin d'une saison intérieure.

Selon les recherches faites en mars et notées à la page 32,

l'été sera là jeudi le 21 juin, à 03:38 HAE ou à 07:38 TU.

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Alors je n'ai pas une minute à perdre, il faut que je commence dès aujourd'hui à tout mettre en place pour accueillir cette troisième saison du journal. Premièrement, il va me falloir une nouvelle série d'images. Bien sûr, je garderai la tradition des photos de fleurs, et celle des tableaux des grands peintres. J'aimerais ajouter mes propres photos de Montréal, mais je n'ai toujours pas l'équipement qu'il me faut. Je partirai donc dès aujourd'hui en safari sur le web pour cueillir les plus belles photos de ma ville, libres de droits, et je les adapterai au script-style avec Fireworks, mon tout dernier bidule qui succède à la version d'essai de Paint Shop pro.

Pas une minute à perdre? Enfin, j'ai quelques jours pour y penser.

Mon lundi ne s'annonce pas très chargé. Je me sens bien ce matin. Calme. Envie de noter ici quelques passages de "Je suis fou", extraits de Fragments d'un discours amoureux.

Roland Barthes écrit :

1. Je suis fou d'être amoureux, je ne le suis pas de pouvoir le dire, je dédouble mon image : insensé à mes propres yeux (je connais mon délire), simplement déraisonnable aux yeux d'autrui, à qui je raconte très sagement ma folie : conscient de cette folie, tenant discours sur elle.

Werther rencontre un fou dans la montagne : en plein hiver, il veut cueillir des fleurs pour Charlotte, qu'il a aimée. Cet homme, du temps qu'il était en cabanon, était heureux : il ne savait plus rien de lui-même. Werther se reconnaît à moitié dans le fou aux fleurs : fou par passion, comme lui, mais privé de tout accès au bonheur (supposé) de l'inconscience : souffrant de rater même sa folie.

2. Tout amoureux est fou, pense-t-on. Mais imagine-t-on un fou amoureux ? Nullement. Je n'ai droit qu'à une folie pauvre, incomplète, métaphorique : l'amour me rend comme fou, mais je ne communique pas avec la surnature, il n'y a en moi aucun sacré; ma folie, simple déraison, est plate, voire invisible; au reste, totalement récupérée par la culture : elle ne fait pas peur. (C'est pourtant dans l'état amoureux que certains sujets raisonnables devinent tout d'un coup que la folie est là, possible, toute proche : une folie dans laquelle l'amour lui-même sombrerait.)

3. Depuis cent ans, la folie (littéraire) est réputée consister en ceci : « Je est un autre » : la folie est une expérience de dépersonnalisation. Pour moi, sujet amoureux, c'est tout le contraire : c'est de devenir un sujet, de ne pouvoir m'empêcher de l'être, qui me rend fou. Je ne suis pas un autre : c'est ce que constate avec effroi.

(Histoire zen : un vieux moine est occupé en pleine chaleur à faire sécher des champignons. «Pourquoi ne le faites-vous pas faire par d'autres ? – Un autre n'est pas moi, et je ne suis pas un autre. Un autre ne peut faire l'expérience de mon action. Je dois faire mon expérience de faire sécher les champignons.»)

Alors je comprends que, devenue « sujet amoureux », je ne peux être une autre que moi-même. Indéfectiblement moi. Et c'est pour cela que je suis folle d'être amoureuse, folle parce que « je consiste ».

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