124. le printemps s'achève

romeo et juliette

Le printemps s'achève. Tout est en place pour l'été. Les bourgeons ont éclaté et ils ont libéré des feuilles et des fleurs en abondance. Les branches s'allongent, se ramifient. Les humains suivent leur exemple et se font plus beaux, ils sortent de leur cocooning d'hiver et se précipitent, curieux et assoiffés de vie, dans les rues, les cafés, les bars. Ils envahissent les champs, les montagnes, les cours d'eau et les forêts pour ne rien perdre du spectacle. Les fruits en profitent pour s'épanouir en abondance. Les bébés conçus l'an passé naissent; les amoureux s'unissent et en conçoivent d'autres. Les vieillards meurent. Certains couples se défont sous la pression de l'évolution individuelle. Pas un seul être vivant n'échappe à la folie du mûrissement. Certains en jouissent. D'autres en bavent un coup. Moi ? J'assiste à tout cela en témoin impuissant. J'observe sans bouger, car si j'avance, je perds pied et je dégringole. Et je ne peux pas reculer.

Il me reste à écrire et crier de toute mon âme, puisque le verbe aimer ne veut pas de moi. Ainsi, je ne souffrirai plus. La peine s'abritera sous une farouche détermination à préserver le calme extérieur et la paix intérieure. Ma vie n'est pas une tragédie en cinq actes. Je ne suis pas Juliette, il n'est pas Roméo.

La décision prise, l'espoir cassé, mes nuits se font plus longues, paisibles. Je me réveille avant l'aube pour cueillir la rosée des dernières larmes sur mes joues, celles qui ne peuvent plus que s'épancher dans les rêves. L'homme s'éloignera, je le sais. Il n'est pas là pour moi. Je jouais avec le fantasme d'un amoureux qui n'existe pas. Je me suis ressaisie juste à temps. Je ne crois plus aux illusions que chante mon coeur angoissé. Je me sens vulnérable. Un mot de lui et je recommencerais à hésiter. Mais quand il est absent, je sais au fond de moi que ma voie est tracée. C'est celle de la solitude. Et de l'amitié. Et la voie de l'écriture. Je ne peux pas abandonner les personnages de ce roman, ils ont leur vie à vivre et je dois l'écrire. Pour cela, rester forte. Je suis Script, celle qui rêve et écrit des vies qui n'existent pas dans des mondes qui n'existent pas.

Chris, « un lecteur assidu [...] et passionné scrutateur des stances de [ma] lointaine existence Nord-américaine », dit-il, m'a donné ce conseil : « ... n'oublies surtout pas de ne pas te laisser abattre, par personne, même (ou surtout) si tu rencontres une réincarnation de James Dean dans ton pub préféré ou ailleurs...». C'est gentil. Ainsi, à partir de juin 2001, j'adopterais la devise du pilote de chasse en temps de guerre ? Mais je ne pilote pas et ce n'est pas la guerre... Est-ce que la devise marchera quand même ?

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