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Cette chaleur humide est écrasante. Il arrive parfois que le temps corresponde exactement à ce qui se passe à l'intérieur. Un sentiment de lourdeur, d'oppression. À cause de la tristesse qui s'accroche. Comment se fait-il que j'en suis arrivée là, une fois de plus, en moins de six mois ? Le rêve et le besoin d'aimer, je crois. Les deux fois, j'ai eu l'art de m'attacher à un homme qui n'était pas vraiment libre. Les deux fois, je ne le savais pas, au départ. Cela aurait-il changé nos rapports ? Je ne sais pas. Évidemment, je ne les blâme pas, ça se glisse mal dans les premières conversations quand l'homme s'approche doucement et veut séduire, éblouir. On parle d'abord d'amitié, c'est normal. Qui accepterait sérieusement (à moins de croire au coup de foudre) de parler d'amour après quelques échanges qui portent sur la littérature et autres points communs ? Impensable. Donc, je ne pouvais pas prévoir.

L'amour naît de soi-même, il s'insinue dans le coeur doucement, à partir d'une toute petite étincelle. Après, on se demande si on accepte de le laisser mûrir et grandir. C'est la question à laquelle j'aimerais répondre. Mais si j'accepte, comment savoir si ça marchera ? Et si ça ne marche pas, comment je vais m'en remettre ? Je ne sais pas si je suis assez forte pour m'effondrer tous les trois mois à cause d'une déception amoureuse.

Dans le roman, les deux protagonistes n'arrivent pas à se parler. Ces personnages sont-ils libres ? S'ils voulaient vivre une belle histoire d'amour qui finit bien, serait-il possible d'écrire ça pour eux et de vivre autre chose ? Non, ils ne sont pas libres. J'ai essayé de me convaincre du contraire et j'ai eu tort. Ce ne sont pas ces personnages fictifs qui n'arrivent pas à se parler, c'est nous. Eux, ils sont heureux quand ils se rencontrent. Ils volent à force qu'ils sont heureux. Je ne crois pas que le fait de ne pas se parler les dérange. Ils s'endorment heureux et paisibles. S'ils étaient tristes, ce serait écrit dans le texte, je le verrais, je le sentirais. Au contraire, ils ne se donnent que du bonheur, d'une scène à l'autre. Ils sont amoureux et ils ne le savent pas. Est-ce si grave, à la page 80, de ne pas savoir s'ils vont s'aimer ou pas dans le roman ? Ou d'avoir tellement peur de l'échec qu'on va leur refuser de s'aimer pour ne pas s'identifier et faire comme eux ? Eux, ils vivent dans un drôle d'univers, dans un espace temps onirique et réel en même temps; ils se frôlent et se rencontrent et puis ils continuent leur vie ailleurs. Il est fort, elle pleure. Ils font de la magie et leurs poches sont pleines de vie et de suites à l'histoire. Et ça n'arrête jamais, à chacun des épisodes, les choses arrivent de telle façon qu'ils tombent l'un sur l'autre parce qu'ils en ont besoin. Le bonheur et l'amour de ces deux personnages, c'est le bonheur et l'amour tout court. Pourquoi est-ce si difficile d'en parler ?

Mais dans le roman, ils ne sont que deux. Enfin, je ne sais pas encore s'il y a une troisième personne. Elle surgira peut-être à l'épisode 16 ? ouf ! Bien sûr que non. Ce n'est pas une autobiographie, ni une autofiction. Reste que j'ai un problème avec le triangle amoureux : je ne supporte pas le concept, même de façon transitoire. Ça me donne envie de fuir, de courir loin. Pourquoi j'accepterais de vivre ça ? Et de l'écrire ? Je vois le triangle comme une forme complète, fermée : les trois personnes en Dieu, la Vérité. Je n'adhère pas à ces croyances. Le triangle est faux justement parce qu'il prétend posséder une vérité absolue. Le triangle est trop complet, trop sûr de lui-même. Trop loin du non finito, de la liberté. À deux, c'est léger et tendre, ça permet de respirer et d'écrire et ce n'est jamais fini. À trois, la boucle se referme et on étouffe très vite. Je sais que je ne veux pas de ça. Non. J'étouffe déjà.

J'ai besoin d'air et de légèreté; je veux respirer à pleins poumons, librement.