J.W.Waterhouse : The Soul of a Rose

Il s'est enfui, le doux, le bienfaisant sommeil.
C'est l'heure où la rosée en larmes s'évapore,
Et, frémissants du jour qui ne naît pas encore,
Hennissent au lointain les chevaux du Soleil.

La Déesse frissonne, à son brillant réveil.
Comme une fleur de pourpre on voit sa lèvre éclore,
Et Céphale, à genoux, s'enivre de l'Aurore
Et de sa bouche en flamme et de son front vermeil.

Lentement embrasés par leurs apothéoses,
Les cieux d'or sont jonchés d'opales et de roses,
Et de sanglants rubis et de clairs diamants.

Et l'Aurore superbe, heureuse, triomphale,
Nue et rose parmi les éblouissements,
Se regarde rougir dans les yeux de Céphale.

[Banville : L'aurore et Céphale]

Un simple samedi matin comme les 52 autres de l'année, le 22ième samedi de l'année 2001. Un bien joli samedi matin. Levée vers 8 heures, je suis sortie déjeuner au Café le plus proche avec mon journal manuscrit et un bon livre de poésie. Le café au lait bouillant et mousseux saupoudré de chocolat noir qu'ils servent est unique au monde. Le serveur est habitué. Dès qu'il me voit franchir la lourde porte vitrée il me fait un petit signe du menton, un sourire du coin de l'oeil et puis il se dirige tout de suite vers sa machine à café. Ainsi, je peux commencer à savourer le café bien avant que le bol ne soit déposé devant moi avec la petite conversation d'usage (ni température, ni cours de la bourse : une vraie conversation...)

Il a plu toute la nuit. Comment je le sais ? Je me suis réveillée très souvent, comme toutes les autres nuits (almost). Je ne fais pas d'insomnie. Ce n'est pas ça. Mais j'aime bien me réveiller en pleine nuit. Je crois que c'est la vie qui me tire de mon sommeil pour me dire : regarde moi encore un peu, respire moi : je suis là, alors ne perds pas trop de temps à dormir. Cette nuit, j'ai été réveillée par les sons et les parfums de la pluie; ma fenêtre était ouverte et ce sont les sensations agréables qui m'ont tirée de mon sommeil. C'est loin d'être désagréable. Parfois, c'est le fait de rêver/penser à quelqu'un qui me sort de la nuit, ou bien est-ce quand quelqu'un pense trop fort à moi ?