C'est pas un diary que j'écris, c'est un journal : J-O-U-R-N-A-L

Le tronc de cet érable passe exactement au centre de la fenêtre de mon bureau. Pas lui, mais un pareil. Il est très vieux et plus haut que la maison. Et ma maison est très haute. Ce n'est pas une tour, quand même, mais un édifice de trois étages avec des plafonds plus hauts que la moyenne des plafonds. L'ai-je déjà écrit ? J'habite au troisième.

J'avoue que je ne suis pas tout à fait prête à raconter l'histoire de Glooskap. Par contre, j'ai pris le temps de la noter entièrement sur papier hier soir. Et comme je ne pouvais pas me fier uniquement sur mes souvenirs pour raconter, je suis remontée jusqu'à la source, le livre, qui est malheureusement en anglais.

érable

Alors ça m'a obligée à relire toute la légende très attentivement et à faire l'effort de traduction afin de comprendre mieux certains passages dont le sens est plus complexe à décoder. Une chance que je connais « le fond » de l'histoire un peu. Et que j'avais commencé à la méditer la semaine dernière. Je suis assez contente du résultat. Mais c'est un peu long et je ne pourrai pas l'écrire en épisodes comme le conte de la gardienne d'oies. Dans ce récit-là, il est important de ne pas perdre le fil entre le début et la fin. Alors quand j'aurai terminé de l'écrire sur Word, je le collerai ici. Pas le choix.

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D'un autre côté, j'ai pas de nouvelles du docteur Bistouri. Vrai qu'il a dit : on va vous appeler « d'ici » deux semaines. Je me demande ce que ça veut dire. Est-ce n'importe quel jour avant la fin de la période en question ? ou juste avant la fin ? ou encore après la fin ? le délai ne commençant qu'après le terme ? Argh. Je me pose toutes ces questions et j'attends en me rongeant les ongles, même si je fais tout pour ne pas y penser.

Pourquoi je passe mon temps à raconter n'importe quoi dans ce journal ? Ce n'est pas vrai que je me ronge les ongles. C'est à peu près le seul vice [ou défaut] que je n'ai pas attrapé. C'était pour l'image. Décidément, je suis partie pour donner une bien fausse image de moi dans ces pages. Oui, c'est un vice bien vite attrapé que celui d'aimer vivre pour vivre et d'aimer le raconter à des inconnus, n'est-il pas ? Mais pourquoi se glisse-t-il au travers de tout cela un certain petit accent de feinte ? Si ténu, parfois imperceptible. Mais c'est là. Je me prends souvent sur le fait, mais je n'en suis pas toujours consciente. Loin s'en faut. Quand je m'en rends compte, j'avoue, je nuance, je me justifie, en bonne diariste (beurk) que je suis. Saleté de néologisme, faudrait bien en inventer un autre. C'est pas un diary que j'écris, c'est un journal : J-O-U-R-N-A-L. Mais ça ne fait pas de moi une journaliste pour autant. Reste à dire qu'on est un auteur. Ou une auteure. Juste. Pire. Oser dire ça et tu te fais manger le bord des oreilles. Vite fait.

Je viens de tomber des nues. Depuis des lunes et des lunes, j'écris diariste en italique, certaine que c'est un néologisme. Je referme à l'instant le dictionnaire. Et devinez ce que j'ai trouvé ? Le mot y est ! Le diariste est dans Le Petit Robert à la page 638. J'y crois pas. Je proteste. Je vais me plaindre. On se calme ! Le dictionnaire écrit : DIARISTE, n. 1954 ; Angl, diarist, Anglicisme, auteur d'un journal intime. («Les diaristes seraient donc en augmentation», Libér., 1996). Le mot est admis, en usage, béni du dico, et je ne le savais pas. En plus, je viens de faire une folle de moi. J'ai la honte toute rouge. Mais j'ai le droit de pas m'en servir souvent. Ou de continuer de l'écrire en italique. Je ferai mieux, je ne l'écrirai plus...

J'ai rêvé tout éveillée que je faisais un petit programme informatique qui construirait le journal pour moi de façon tout à fait aléatoire. Simple comme bonjour : je bourre une base de données de tout ce qui compose mon quotidien ou celui d'une personne ordinaire. Je fais plusieurs rubriques : les sommeils, insomnies et cauchemars, les trois repas et les thés [vers, chinois et anglais], les cafés [noirs] et autres breuvages divers, la santé et la maladie, les pensées, les lectures et les auteurs et les citations, une liste de liens hypertextes conduisant aux autres journaux online, les rêves, le cinéma et la télé, l'amour, les études, les vêtements, la familia, le travail, l'argent, les amis, les collègues, le boss, le chat, les plantes, les fleurs, la musique, des pseudonymes pour tout ça, les courses et le ménage, la lessive, les arbres, quelques montées de lait, des réflexions sur le diarisme online, et so on. Une fois le programme créé, ça serait le septième jour et je verrais que cela était bon et je me reposerais toute la journée. Mais le lendemain et à chaque matin [ou soir] du reste de ma vie, je n'aurais plus qu'à appuyer sur le bouton journal et le programme me sortirait de quoi serait [était] fait ma journée. Pas pire, vous dites ? Génial plutôt. Riche en rebondissements quand il se passe strictement rien. Mieux que de délirer à vide. Maudit hôpital de m. Vont-ils se décider à m'appeler, qu'on en finisse?

Dans ma base de données, ne pas oublier la catégorie sentiments, et les calendriers, et les anciens prof qui lisent votre journal intime online en cachette [fantasme avoué est à moitié pardonné] et les vieilles peines d'amour et cætera. Et j'oubliais les voyages. Non, mais je suis sérieuse. Y a-t-il quelqu'un qui serait intéressé à présenter le projet avec moi au Conseil de la recherche avancée de l'Université de Scriptomanie ? Certain qu'on aurait une bourse.