Les questions à propos de ce journal surgissent souvent, curieusement, quand je reprends l'écriture de fiction.

Je ne comprends pas ce qui se passe.  D'où origine le besoin d'écrire dans ce journal. Pendant plusieurs jours, j'écris et je n'y pense pas et à un moment donné, je me pose et repose la question.

Je sais que ce n'est pas de l'autoanalyse.  L'autoanalyse ce n'est pas ce que je choisis, c'est ce qui se présente parfois et que je ne refuse pas.  R.B. dirait-il que c'est elle, l'analyse, « qui me choisit »  Oui, quand la chose me propose une image, illumine un instant vécu, ou un rêve, je la consigne par écrit. Cadeau de l'inconscient. Je veux le garder. Mais je ne le cherche pas. Et je ne me défends pas non plus de m'y attarder.

Je sais aussi que je n'écris pas de journal-lettre à des lecteurs imaginaires ou fantasmés. Ou même à des lecteurs dont je lis le journal et qui lisent le mien et avec qui j'ai échangé quelques courriels. Même si, en écrivant le journal, il m'arrive d'avoir une pensée pour eux, je sais que je ne « m'adresse » pas à eux, sauf exceptions. Je ne tolère personne à lire derrière mon épaule. J'ai déjà un assez gros sur-moi comme ça.

Au début, je me proposais de faire un collage ou un montage de ce qui stimule mon imaginaire sur tous les plans. Mais pour ramasser ces matériaux-là, il faudrait que je me lève de bonne heure et que je passe mon temps à écrire. Et si je passais mon temps à écrire, je ne serais plus disponible ni ouverte à recevoir et absorber les nouvelles sensations. Je sais qu'écrire, c'est vivre, mais pendant que j'écris, je ne vis pas « tout le reste ».

Également, le fait de correspondre avec les lecteurs complique l'écriture du journal. Il n'y a plus seulement le « moi » ou le « mien » en cause.  Il y a plein d'allers et retours et un enchevêtrement de lettres. Devraient-elles être aussi publiées dans une section spéciale de ce journal ? Parce que ces lettres (des courriels) prennent de plus en plus de place. Elles font en quelque sorte partie du journal. De plus, il y a ce « livre d'Or » qui amène, lui aussi, des complications.  Il faut bien répondre, et j'ai même ajouté le « Courrier Tea -Mania » pour ça. C'est dire comment les retours du lecteur amènent de l'eau au moulin, mais ils n'étaient pas là au départ. En commençant le journal, je ne soupçonnais pas que les écrits des autres deviendraient à leur tour des images et impressions qui stimulent mon imaginaire et que je voudrais les conserver dans mon journal scrapbook géant online. Ça commence à prendre un peu trop d'envergure et de place. À moins que j'engage quelques journalistes pour tenir certaines chroniques, héhé !

Je me demande parfois quelle serait la réalité de ce journal si :
1) je ne donnais pas mon adresse de courriel et si
2) je n'avais pas de livre d'Or et si
3) je ne lisais aucun autre journal online, ce qui sous tend que je n'écrirais pas aux autres diaristes non plus. Parce que je leur écris, oui, oui. Pas beaucoup, je ne fais que répondre, donc je suis passive dans ces « relations-là ». Mais ça m'est aussi arrivé quelques fois d'écrire « en premier ».

Les questions à propos de ce journal surgissent souvent, curieusement, quand je reprends l'écriture de fiction. Depuis avant-hier, un noyau de récit a commencé à se former. Et depuis que j'ai jeté les premières phrases sur le papier, quelque chose en moi se rebelle contre le journal online. Un exemple ? Ce que j'ai écrit hier. Je n'aime pas m'attarder à « réagir » à ce qui est écrit dans le journal de quelqu'un d'autre. La plupart du temps, je me discipline à ne pas le faire. Si je suis tombée si vite dans ce petit piège puéril, c'est peut-être parce que l'affaiblissement physique m'avait rendue plus vulnérable; et c'est probablement le signe que j'ai besoin de rentrer un peu dans mon cocon pour refaire mes forces.

Tout cela me rappelle Valium. Quelque part dans le roman, il était question d'une assez puantissime histoire de rats qui pourrait illustrer, étrangement [avec plus ou moins de précision et de cynisme], ce que j'entrevois ce matin de la relation avec un journal on line et principalement avec tout ce qui tourne et virevolte alentour [cynisme ou lucidité ?] - quoi qu'il en soit, le personnage croit que ce qu'on essaie de faire, c'est de se ménager une « liberté clandestine, la liberté d’être prisonniers de nos maquis minuscules, nos oasis souterraines, en marge du monde » où nous serions aussi libres que des rats « tant qu’ils s’en tiennent au royaume des égouts. » Sauf que le jour où le rat essaie de remonter à la surface, le narrateur précise : « razzier la surface », il doit dire adieu à sa liberté. Parce que la seule liberté qui l'attend en haut c'est « de se faire écraser par une bagnole raticide ».

La question peut-elle finalement se résumer à : rester libre dans les égouts du net [écrire un journal sous pseudonyme] ou remonter, sortir de l'anonymat et du pseudonymat, me réapproprier mon nom propre ? Et signer/soigner ce que j'écris ? Faire ça, sortir des égouts, razzier la surface [m'en sortir], au risque [à 99,999%] de me faire écraser [par qui] ?

Et pour compliquer les choses, j'ai l'impression que les « bagnoles raticides » ont déjà envahi les égouts.

Pour me racheter de ne pas avoir écrit de Courrier Tea Mania cette semaine, voici ma blague du jour :

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