Le jour où Script reçoit des dizaines de fins possibles pour le conte de la gardienne d'oies... Scène I, prise 2, clac:

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Ce soir, je poursuivrai donc l'édition de la fin du conte de la gardienne d'oies.

Le texte qui suit est écrit par l'une de mes collègues et néanmoins amie ou voisine de journal online. Ouf ! serais-je redondante, là ? Oui ? Non ? Tant pis, on sait que je n'en suis pas à une redondance près. J'assume.

J'ajouterai, pour ceux qui n'ont pas encore eu le temps d'écrire, qu'il n'est pas trop tard pour m'envoyer leur version des faits. Les meilleurs textes seront publiés, les autres recevront des pins du Canadien. J'en ai plein.

Voici donc le 2e épisode « fin » d'un conte de la gardienne d'oies, écrit par Azulah.

Les festivités de la noce se poursuivirent pendant des jours et des semaines, puis le palais et ses habitants reprirent leurs habitudes.  Le Prince et la Princesse passèrent de longs et heureux moments à faire ce que font les princes et princesses.  La Princesse pensait parfois avec tristesse à sa mère et au petit mouchoir, se demandant ce qui serait arrivé si elle ne les avait pas perdus.  Mais la vie était belle au palais, et la Princesse y pensa de moins en moins.

Jusqu'au jour où la Cygogne frappa à la porte du palais avec son long bec. Se secoua les ailes et déposa un gros paquet sur le seuil de la porte. Distraite par les feuilles qu'un Vent Sérieux venait de bousculer, elle éternua trois fois et s'envola. Petit Conrad, maintenant relégué à balayeur de la Grande Cour Intérieure, regardait la scène d'un drôle d'oeil. Il n'avait toujours pas pardonné à la Princesse et lui en voulait de n'avoir pu ni même regarder les jolis cheveux d'or. Il prit son balais, et plutôt que d'avertir la Princesse de l'arrivée du paquet, se mit à chasser les feuilles un peu partout à travers la cour. Il courait en tous sens, et les feuilles venaient le chatouiller puis s'enfuyaient encore plus loin. Sans s'en rendre compte Petit Conrad était maintenant à l'orée du bois, et faillit se précipiter la tête la première dans le ruisseau qui passait par là. Il s'accrocha de son mieux à une petit branche qui ne lui paraissait pas très solide et ferma les yeux, certain qu'on finirait par le retrouver, noyé dans le cric.  Soudain il entendit un son, si bas qu'il dut tendre l'oreille encore davantage, et finalement tout le corps vers le bruit. C'était un chant si doux, si mélancolique, un chant de cygne...

Car pendant ce temps, la Princesse avait découvert le paquet sur le seuil de la porte. Et y avait trouvé, non pas un, mais deux petits amours, tout roses et joufflus, une paire de jumeaux, destinés au Prince et à la Princesse. Dès que son regard se posa sur le précieux cadeau, elle poussa un cri et s'évanouit. Le Prince accourut, trébucha sur les bébés et tomba de tout son long dans la mare à canards.  Ne voulant pas se noyer il se mit à faire aller ses pieds, ses jambes, ses bras, et se rendit compte que c'étaient des pattes, et des ailes.  Son cri si mélancolique, si touchant, son chant de cygne, redonna la force à Petit Conrad et transperça sa Princesse, qui ouvrirent les yeux  en même temps, quoiqu'à plusieurs lieux de distance.  Petit Conrad aperçut, sur une brindille sous  son nez, un drôle de mouchoir, brodé de jolies fleurs, et taché de gouttelettes de sang.  Heureux de ne s'être pas noyé, il courut au château, pensant que s'il offrait ce mouchoir délicat à la Princesse, celle-ci le laisserait peut-être toucher les magnifiques cheveux.

La Princesse prit dans ses bras les nourrissons et appela la Nourrice. Dans sa joie, elle ne pensa pas immédiatement au Prince qui l'avait suivi de près il y avait quelques minutes.  La Nourrice s'occupa des poupons : les laver, les nourrir (puisque c'était une Nourrice), les sortir au soleil.  La Princesse s'asseyait toute la journée à leur côté, près du berceau, ne comprenant pas sa tristesse.  Il lui arrivait souvent de lever les yeux sur le tableau, et de regarder tristement le joli cygne.  Mais où était donc son Prince ?

Dans l'émoi du moment, Petit Conrard avait complètement oublié le mouchoir.  Un jour, alors qu'il balayait encore et toujours dans la Grande Cour, il entendit ces mots «Ah si sa mère savait cela, son
coeur se briserait en éclat.»   Il prit peur et se souvint du mouchoir. Il couru chez la Princesse, qui malgré ses jumeaux qui grandissaient et s'embellissaient à vue d'oeil,  restait toujours triste et nostagique.  « Princesse, j'ai ici un mouchoir magique.  Peut-être pourra-t-il sécher vos larmes?»  Mais la Princesse ne dit rien et tendit la main.  Le mouchoir s'envola de lui-même et vint se poser au creux de cette paume si frêle et soyeuse.  Et la princesse reconnut les myosotis, et les gouttes de sang.  « Oh ma mère, si tu savais », gémit-elle !

Une des fleurs brodées se mit à parler: « Nous savons tout.  Nous connaissons tes malheurs, avant même qu'ils n'arrivent.  Mais tout n'est pas perdu. Tu dois aller dans la forêt à minuit, avec ton fils. Tu trouveras là une vieille dame à qui tu remettras l'enfant.  Il faut avoir confiance. »

La princesse qui avait déjà tout perdu, se dit qu'au point où elle en était... Et elle partit donc à minuit, pour le Milieu de La Forêt.  Elle gardait avec elle son précieux mouchoir.  Une vieille dame édentée prit l'enfant, et disparut.  Un cygne vola dans le ciel.  La princesse se mit à pleurer et remarqua qu'une des taches de sang avait disparu.  Une des fleurs parla à nouveau : «Va à la rivière, coupe tes cheveux et laisse-les partir dans les flôts.  Il faut avoir confiance. » Or la Princesse malgré ses qualités princières, hésitait.  Puis se disant qu'elle n'avait plus rien à perdre elle se rendit à la rivière avec un grand couteau qu'elle utilisa pour couper ses cheveux d'or et les laissa tomber dans les flôts.  Il lui sembla apercevoir de loin un cygne nageant dans l'eau froide.  Elle retourna tristement vers le palais et sa fille et la Nourrice.  Petit Conrad qui suivait de loin, crut remarquer qu'une autre goutte de sang avait disparu du mouchoir.

Le lendemain, la Princesse qui n'avait pas dormi, se rendit devant l'immense tapisserie et se mit à pleurer à chaudes larmes.  «Ah! qu'ai-je donc fait pour mériter ceci?  Je n'ai plus mon Prince charmant, je n'ai plus  mon fils, je n'ai plus mes longs cheveux d'or.  Au moins, il me reste la tête de mon fidèle cheval, ainsi que ma chère fille.»   Comme elle sortait son mouchoir pour sécher ses larmes, elle crut voir bouger le cygne de la tapisserie.  Mais regardant attentivement, elle pensa qu'elle s'était trompé.»  Elle entendit soudainement encore les myosotis lui murmurer, «prend la tête de ton cheval et va la déposer dans l'étable, derrière le château. Il faut avoir confiance.»  Lorsqu'elle consulta Falada, celui-ci ne répondit plus. Pensant que cette fois c'était bien vrai, qu'elle n'avait plus rien à perdre, elle prit la tête de son magnifique cheval et alla la déposer dans l'étable.  Et se remit à pleurer à chaudes larmes.  Elle entendit alors un chant si doux, si mélancolique qu'elle se tut et retourna s'assoir près de la grande tapisserie.

La Nourrice apporta sa fille.  La fillette assise elle aussi devant la tapisserie, roucoulait et montrait du doigt les différents personnages. Personne ne remarqua l'oie qui tenait dans son bec un joli mouchoir brodé de myosotis, immaculé. La princesse pleurait à fendre l'âme, et la Nourrice se taisait.  Elle ne savait que dire. Soudain la porte s'ouvrit et une voix cria: «Mais que se passe-t-il ici? La Grande Cour n'est pas balayée, et je vois mon fils le petit prince qui se promène sur le dos d'un cheval qui lui raconte une histoire. Et vous ma femme, que faites-vous ici  dans la pénombre à pleurer ainsi?  Pourquoi ne vous êtes vous pas coiffée aujourd'hui?»  Et le Prince, changé en cygne, rechangé en Prince, car c'était lui, embrassa sa femme, lui  enlevant son bonnet duquel s'échappèrent des multitudes des tresses blondes et dorées, si belles, mais pas du tout coiffées.

La Princesse sortit au soleil dans la Grande Cour et vit, perché sur Falada, le petit prince qui écoutait émerveillé les contes que Falada lui murmurait tout bas.  La petite princesse prit le mouchoir de la tapisserie et le tendit à sa maman, la Princesse.  Celle-ci entendit les fleurs, qui ressemblaient au son de la voix de sa mère lui dire,  « Tout est bien qui finit bien ».

Ils vécurent tous heureux, appréciant ce que chaque jour leur apportait, mais n'eurent point d'autres enfants.  Ni d'oies.

Fin... ;)

Collaboration spéciale : Azulah
Azulah...  et voilà!
[http://www.geocities.com/azulah2/]