68. un conte [la fin]

Le jour où Script reçoit des dizaines de fins possibles pour le conte de la gardienne d'oies

la Poésie_Mucha

C'est magnifique. Je ne sais plus où donner de la tête. Les chapitres à rajouter à ce petit conte m'arrivent de partout. Je suis si émue. Je ne croyais pas que mon invitation lancée comme ça, sans trop y penser, aurait intéressé quelqu'un. Ça m'apprendra...

Non. Je ne râle pas. Et je prendrai beaucoup de plaisir à les éditer dans ces pages (est-ce bien encore un journal ???) où j'en ai assez de ne raconter que mes peurs et peines de toutes sortes. Alors, place à la magie !

Ça me fait tout bizarre de recueillir les paroles des autres. C'est un bien grand honneur que vous me faites de m'envoyer vos textes. Merci à chacun de vous.

Aujourd'hui, j'ai choisi l'épisode composé par Marylène, une histoire sortie tout droit de son grand coffre magique, Le coffre à instants.

« Comment l'enfant de la princesse naquit au coeur du mouchoir brodé »

Décor : La chambre à coucher de la princesse. Un feu d'enfer dans l'âtre de la cheminée. Une vieille servante dans un fauteuil à bascule, près de la fenêtre. La princesse est vêtue d'une longue chemise blanche qui descend jusqu'à ses pieds. Elle arpente rageusement sa chambre, un chat dans ses bras. La vieille fredonne.

* * *

- Cesse immédiatement ! Ou je demande aux gardes de te jeter au feu !

Il est bien connu que les douleurs de l'enfantement transforment les plus douces femmes en créatures rageuses et hargneuses... La vieille servante le savait, et elle ne broncha pas.

- Chante moi une chanson plutôt !

Une mélopée lente surgit des lèvres fines de la vieille servante :

« un enfant à naître, une rivière lente »

La princesse marchait toujours comme si elle voulait blesser les dalles de sa chambre avec ses pieds, les yeux rivés au sol.

« une ritournelle, un mouchoir brodé »

Elle ne se rendit pas compte que petit à petit...

« deux femmes voyagent, deux chevaux qui marchent »

...la vieille se transformait... 

« deux amoureux séparés »

...en reine ! 

« trois gouttes de sang,» 
« des mots qui en sortent »

La princesse se retourna enfin, prête à appeler ses gardes, pour recevoir en pleine figure :

« QUATRE MYOSOTIS ! »

Le chat s'échappa de ses bras et...

- Maman !
- Ma fille, ma fille...

La reine caressait les cheveux de sa fille, blottie dans se bras.

- Maman, j'ai perdu le mouchoir brodé !
- Je sais ma fille, je sais. Mais il va te falloir le retrouver.
- Pourquoi ?

Alors la reine lui raconta le sort mauvais jeté par la servante hargneuse.

- Si tu ne retrouves pas ce mouchoir avant d'accoucher ma fille, ton prince ne reviendra ici que couvert de plumes ! Et où est-il d'abord ?
- Je l'ai envoyé me chercher des fraises, dit la princesse dans un reniflement.
- En cette saison ? Tu es folle...
- ... Maman, comment faire ?
- Réfléchis un peu : la rivière où tu as laissé tomber le mouchoir, passe bien dans ton jardin.
- Oui.
- Et où vas-tu chaque jour te reposer ?
- Près d'elle, dans le coude en forme de croissant de lune, là-bas.
- Pourquoi ?
- Je ne sais pas...
- Réfléchis bien.

Juste à ce moment, le prince apparut.

- Désolé chérie, je n'ai pas trouvé de fraises, juste des framboises.
- En cette saison ?

« Pas pire que les fraises, pour la saison » pensa le prince à part lui.

- Mais où ?
- Là, dans le jardin, près de la rivière.
- Allons-y mon amour, mon prince, mon chevalier ! Mènes moi là-bas, par pitié.
- Mais... et les framboises ?
- Plus tard mon coeur, mon héros, ma vie, plus tard !

La reine sourit dans son coin et se rassit dans son fauteuil. Elle les regarda partir en caressant le chat.

Lorsque la princesse s'assit dans l'herbe aux feuilles argentées, elle ouvrit les yeux et dans chaque coin du carré d'herbe, elle découvrit des touffes de myosotis encadrant un petit bouquet de boutons d'or. Le contraste entre le bleu et le jaune lumineux la fit pleurer. Elle s'essuya les yeux, et le prince lui montra les trois taches rouges de framboises.

Alors, les douleurs de l'enfantement disparurent. Sereine elle s'allongea dans l'herbe, son prince auprès d'elle.  Le vent dans les framboisiers chantait tout doucement, et leur enfant naquit là, au coeur du mouchoir brodé.

Au même instant, le tableau accroché au mur de la salle à manger du château tomba au sol et se brisa comme verre. Le cygne enfin libre s'en échappa et le battement de ses ailes réduisit les morceaux restants en poussière dispersée par le vent. 

Mais personne n'y fit attention : tous les clochers du royaume entrèrent dans la danse au même moment, prévenus, on ne sait comment.  Ils chantaient le mauvais sort enfin envolé, les framboises d'hiver, et Falada sûrement, qui courait dans les nuages, et que l'on entendit hennir jusqu'au fin fond de la forêt. 

Colaboration spéciale : Marylène
Le coffre à instants
[leonicat@club-internet.fr]

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