63. un conte [la suite]

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Je préfère être gardienne d'oies dans un conte merveilleux et raconter comment se termina l'histoire de la princesse

Très surpris et fâché d'entendre cette histoire, le vieux roi odonna à Petit Conrad de reprendre son travail dès le lendemain matin.  Mais comme il voulait voir de ses propres yeux ce qu'il en était, il se posta derrière la porte sombre dès qu'apparurent les premières lueurs de l'aube.  Et il entendit les paroles échangées entre la jeune gardienne d'oies et la tête de Falada.  Ensuite, il les suivit de loin et se cacha derrière un buisson.  Ainsi, il put observer et tout entendre ce qui se passa dans le pré. 

Quand vint le soir, il fit appeler la gardienne d'oies au château et lui demanda pourquoi elle se conduisait ainsi.  La princesse lui répondit : « Je ne peux pas vous le dire, votre Altesse, et je ne peux pas non plus confier ma peine à qui que ce soit. - Et pourquoi donc? lui répondit le roi. - Parce que j'en ai fait le serment.  Autrement, j'aurais perdu la vie. »  Le roi était tenace.  Il insista, tenta par tous les moyens de la convaincre de parler.  Rien n'y fit.  Les princesses n'ont-elles pas qu'une parole?  Et puis elles sont très discrètes.  Si vous leur confiez un secret, elles préféreront mourir plutôt que de parler.  Mais il se trouve aussi que cette princesse-là avait très peur de la mort.  Terriblement peur.  Alors elle était encore moins capable de parler.

Pauvre princesse, elle est en fort mauvaise posture.  Elle ne pourra rien dire.  Et elle ne sera jamais délivrée de son triste sort.  Ni du détestable Petit Conrad qui ne pense qu'à lui arracher les cheveux.  Mais je crois que le roi va nous aider.  Il a l'air si bon et si patient.  Je raconterai la suite demain?  Oui?  Non?

O.K.  Je continue.  Et c'est bien parce que Script est de bonne humeur.  Alors, le roi, voyant qu'il n'arrivait à rien de cette façon, lui dit : « Si tu ne veux pas me confier ta peine à moi, confie là à ce poêle, là, dans le coin de la pièce », et il s'en alla.

Voyant qu'elle était seule, la princesse entra dans le poêle et se mit à pleurer.  Avec de gros sanglots, elle vida son coeur : « Me voici abandonnée de tout le monde et pourtant je suis fille de roi.  Et une méchante servante m'a volé mes habits royaux et elle a pris ma place auprès de mon fiancé.  Elle a aussi fait tuer mon pauvre cheval.  Et maintenant, je suis contrainte de garder des oies.  Si ma mère savait cela, son coeur se briserait en éclats.»  Mais le vieux roi était allé se placer à l'extrémité du tuyau.  Il prêta l'oreille et entendit toute la confession.  Alors il revint et la fit sortir du poêle.  Puis il ordonna qu'on lui apporte des habits royaux, et c'était une pure merveille de la voir si belle.

Ensuite, le roi fit venir son fils et lui expliqua comment il s'était fait jouer un si vilain tour.  Celle qu'il prenait pour sa fiancée était en réalité une servante perfide, tandis que la gardienne d'oie était la vraie princesse.  Le prince ne fut pas triste, bien au contraire.  Il se réjouit, car il préférait de beaucoup sa vraie fiancée, à cause de sa vertu et de sa grande beauté.  On ordonna alors un grand festin où furent invités des tas d'amis et les gens du château.  Le prince était assis au bout de la table, avec la princesse d'un côté et la servante de l'autre.  Mais celle-ci, frappée d'aveuglement par la grande beauté de la princesse, ne la reconnut même pas.  Après le repas, quand tout le monde eut bien mangé et bien bu les meilleurs vins du royaume, le roi s'approcha de la servante et lui posa une devinette : quel sorte de châtiment mérite une personne qui se conduit de telle et telle façon?  Et il raconta cette histoire en exemple.  Et il finit son récit en disant : « Comment la servante mérite-t-elle d'être châtiée?»  Sans se douter un instant qu'on lui tendait un piège, la fausse fiancée répondit : «Elle ne mérite rien de mieux que d'être mise entièrement nue dans un tonneau garni à l'intérieur de clous pointus; et on l'attellera à deux chevaux blancs qui la traîneront de rue en rue jusqu'à ce que la mort s'ensuive.»  Le vieux roi lui dit alors : «C'est de toi qu'il s'agit.  Tu viens de prononcer ta propre sentence et il te sera fait ce que tu as dit.»

Et quand le jugement fut exécuté, le prince et la princesse se marièrent.  Ensemble, ils gouvernèrent leur royaume dans la paix et la félicité.

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