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Je préfère être gardienne d'oies dans un conte merveilleux et raconter comment la princesse passait ses journées aux champs

Le lendemain matin, quand la princesse, en compagnie du Petit Conrad, passa sous la porte sombre pour mener paître les oies, elle ne put s'empêcher de dire : « Ô Falada, comme tu es cloué là!»  Alors, la tête de cheval répondit: «Ô jeune reine, comme tu vas là.  Si ta maman savait cela, son coeur se briserait en éclats.»

Cela fit réfléchir la gardienne d'oies.  Alors elle sortit de la ville en silence, avec Petit Conrad.  Ils menèrent les oies jusque dans les prés les plus verdoyants de la campagne.  Une fois rendus là-bas, la princesse avait tellement besoin d'être seule qu'elle s'assit et dénoua ses beaux cheveux.  Quand le garçon vit cet amoncellement soyeux comme de l'or pur, il voulut les toucher ou à tout le moins en arracher quelqu'uns-uns.  Pour l'éloigner un peu, la princesse murmura : « Souffle, souffle vent d'Est , souffle.  Enlève à Conrad sa casquette, et fais-le courir après, le temps que je tresse mes cheveux, et que je remette mon foulard. »  C'est alors que le vent se leva et souffla si fort, si fort, qu'il emporta la casquette du Petit Conrad, et le vent l'emporta même si loin que le garçon dut se dépêcher de courir après. Quand il revint, la princesse avait fini de se coiffer et de remettre son foulard.  Ce qui fait que le garçon ne put lui prendre le moindre cheveu. Mais on se doutera bien que Petit Conrad était fâché et qu'il cessa complètement de lui adresser la parole pour le reste de la journée.   Oui.  Il boudait, comme dans la vraie vie.  C'est pas merveilleux, ça?

Le deuxième matin, en pasant sous le porche, la princesse dit encore :« Ô Falada, comme tu es cloué là. »  Et Falada répondit : «Ô jeune reine, comme tu vas là.  Si ta maman savait cela, son coeur se briserait en éclats.»

La princesse avait le coeur brisé en entendant Falada parler ainsi.  Elle se rendit néanmoins jusque dans la campagne et une fois assise dans les prés elle commença à démêler ses beaux cheveux.  Aussitôt, petit Conrad se précipita pour en attrapper quelques-uns.  Alors la princesse dit aussi vite :
« Souffle, souffle vent d'Est, souffle.  Enlève à Conrad sa casquette, et fais-le courir après, le temps que je tresse mes cheveux, et que je remette mon foulard. »  C'est alors que le vent se leva et souffla, il souffla si fort, si fort,  qu'il emporta la casquette du Petit Conrad, et le vent l'emporta même si loin qu'il dut courir des kilomètres et des kilomètres pour la rattrapper.  Et quand il revint, tout essoufflé, la princesse avait eu tout le temps de recoiffer ses beaux cheveux.  De sorte qu'il ne put pas en attrapper un seul.  Le reste de la journée s'est passé à garder les oies jusqu'à la tombée de la nuit. Avec le garçon qui boudait et fulminait. 

Mais lorsque le soir fut venu, et que Petit Conrad fut rentré au chateau, il fonça sous la douche puis il s'en fut immédiatement trouver le vieux roi et lui dit :   «Je ne veux plus jamais garder les oies avec cette fille.  -  Mais pourquoi donc, demanda le vieux roi? - Argh, elle me fait damner toute la journée avec son écran qu'elle tourne contre le mur, et son journal online qu'elle écrit en cachette du boss, et sans compter tout ces maudits e-mails qu'elle expédie aux quatre coins de la planète en faisant semblant de  travailler et en espérant qu'on la foute dehors.  Faut faire quelque chose. »  On se doutera bien qu'avec l'exposé du jeune homme, le pauvre roi était tout  découragé et pour le moins complètement abasourdi.  D'autant plus qu'il venait de visionner pour la deuxième fois la k7 des Visiteurs 2.  Et qu'il n'y comprenait rien.  Arf.

Mais si ça continue comme ça, les frères Grimm ne reconnaitront plus leur conte.  Et je me demande bien qu'est-ce que le roi va faire avec la gardienne d'oies.  Script a attrappé le hocket depuis ce matin, comme Ze Scrib qui dessine aussi en cachette des myosotis au coeur d'or.  Elle a pas supporté que le mouchoir soit perdu et veut que je le ramène dans l'histoire.  Comment faire?  Je suis toute emmêlée dans mes séquences.  On se calme.  Relire Vladimir Propp ne pourrait pas nous faire de tort [pas tord, bande de tordus]. 

Mais tout cela n'empêchera tout de même pas le vieux roi d'exiger que Petit Conrad lui raconte par le menu la vraie suite du conte.

Alors Petit Conrad lui a dit tout.  Absolument tout.  Sans rien cacher.  Et il en mit encore plus que ce qu'il aurait pu écrire s'il avait composé le conte lui-même.  Il rapporta les mots que la princesse disait en passant sous la tête du cheval.... « Ô Falada, comme tu es cloué là. » Et la tête du cheval qui répondait : « Ô jeune reine, comme tu vas là. Si ta mère savait cela,son coeur se briserait en éclats. »  Et ensuite, Petit Conrad raconta aussi ce qui se passait quand il voulait toucher les cheveux d'or, et comment il lui fallait ensuite courir après sa casquette toute la journée en plein vent, à travers les champs. 

Ouf.  Script a encore disparu.  Elle court après sa casquette.  Ou bien elle s'imagine qu'elle est un fleur, pourquoi pas un rocher ou un arbre, tant qu'à pousser l'allégorie on ze limit?  Non, c'est pas une métaphore, monsieur le juge, c'est une allégorie!  Moi, je ne peux plus en écrire davantage pour aujourd'hui.  Faut que j'aille délirer en paix.  D'autant plus que j'ai encore une lessive à faire.  La cinquième de la semaine.  J'ai un lecteur qui les compte...  comme si une diariste [beurk] faisait vraiment sa lessive [rebeurk].  Faut pas croire tout ce qui est écrit.  Non.  Faut pas croire tout ce qu'on raconte dans un conte.

Si on veut savoir la suite, Script reviendra demain, ou même ce soir.  Je m'endors plus du tout.  J'ai le hocket.  Et j'ai bien peur que ce sera, cette fois, le dernier épisode.  Snif.  À moins que???