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Je reviens ici ce matin juste pour finir de raconter ce conte.  J'ai pris cet engagement.  Et je le respecterai jusqu'au dernier mot.

Et je raconterai comment il se fait que la princesse devint gardienne d'oies.  Et le pire, c'est le sort qui fut réservé à son pauvre cheval qui savait parler, et qui s'appelait Falada.  Mais d'abord, que je raconte la suite...

En voyant arriver les deux femmes à cheval, les gens du château se mirent à faire la fête et le prince vint à leur rencontre.  Mais le roi, silencieux, regardait par la fenêtre et se demandait qui pouvait bien être cette si lumineuse jeune femme habillée en servante.  Après qu'on eut accueilli la servante avec tous les honneurs dus à une vraie princesse, on lui demanda qui était la femme qui attendait dehors.  D'un air évasif, elle répondit : « Ah, je ne sais pas, c'est une pauvre femme que j'ai rencontrée sur ma route, et elle mendiait.  Alors je l'ai prise avec moi et je vous serais reconnaissante si vous lui trouviez du travail au château.»  Charmé par la générosité de sa fausse fiancée, le prince fit immédiatement conduire la vraie fiancée auprès d'un garçon nommé Petit Conrad, pour qu'elle l'aide à garder les oies. 

Il doit jouer un rôle bien important dans cette histoire, ce garçon là, pour s'être mérité un nom, alors que les autres n'en ont même pas, à part le cheval.  Arf.

Toujours est-il que pendant ce temps là, la fausse fiancée se disait qu'elle n'avait pas une minute à perdre.  Elle avait une peur bleue que le cheval ne se délie la langue et ne se mette à raconter ce qu'il savait, et comment elle avait traité la princesse.  Elle demanda aussitôt au prince de faire couper la tête de Falada, prétextant qu'il n'avait pas arrêté de l'embêter tout le long du voyage.  Elle poussa tant et si bien son affaire, que ce fut fait.  Et c'est ainsi que le cheval fut mis à mort.

Mais la chose parvint aux oreilles de la vraie princesse qui avait gardé quelques pièces d'or par devers elle, dans un petit sac de cuir bien cousu dans son sous-vêtement.  Elle fit donc venir le bourreau et lui promit trois pièces d'or en échange de la tête de Falada.  « Tu devras, lui dit-elle, clouer bien solidement la tête de ce cheval au-dessus de la porte sombre qui ferme l'entrée Est de la cour du chateau.»  Car c'est là qu'elle passait, matin et soir, quand elle amenait les oies pour les garder, et elle se disait qu'ainsi, elle pourrait le voir encore.  Le boucher coupa donc la tête du cheval et la cloua solidement au-dessus de la fameuse porte sombre indiquée par la servante. 

Quelle tristesse que tout cela.  Et en plus, c'est déjà terminé pour ce matin!  Alors je me demande bien ce qui arrivera à cette pauvre princesse maintenant qu'elle n'a plus Falada, ni son mouchoir avec les trois gouttes de sang de la vieille reine, pour la protéger.  Comment pourra-t-elle s'en sortir? 

Faut pas que j'oublie que c'est un conte merveilleux.  Dans ce monde-là, les morts ne sont jamais vraiment morts.  Et j'imagine que si les gouttes de sang et les chevaux savaient parler, on pouvait espérer encore bien mieux pour se sortir des mauvais coups du sort.  Ou de la vie.

Alors vivement le prochain épisode.  Quelqu'un viendra-t-il enfin au secours de cette pauvre princesse qui n'a pas vraiment eu la moindre chance depuis le début de cette histoire?