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Lundi, j'ai essayé d'écrire quelques commentaires sur l'art de la citation [sur Teamania] pour répondre à des questions qui me sont souvent posées et en même temps m'éloigner un peu, me distraire de ce que je vis depuis la page 48. Il faut dire que ce texte mûrissait en moi depuis quelques jours.  Les recherches étaient déjà faites, et je n'avais qu'à formuler la chose.  Alors je l'ai écrit sans trop me poser de questions.  Je me relis ce matin et je constate que c'est incomplet, fragmentaire.  Quasiment décousu.  Je voulais parler de l'intertexte, cette sorte de citation prédigérée, et j'ai complètement oublié.  Je voulais mettre aussi des extraits de textes littéraires qui illustrent les différentes formes de citation.  Bof.  Personne ne s'est plaint.  Personne n'a commenté.  Aucune importance.  La chose n'a pas fait de vagues ni suscité d'échos.  Même Zorglub se tait.  L'aurais-je blessé[e]?  Si oui, c'était pas mon intention.  Le Web rend parano?  Right.   À force d'anonymat, on se demande qui est qui.  Ça devient lourd.  Il y a trop de masques ici.  Le [les] miens me pèsent autant que ceux des autres.  Toujours ce besoin de transparence, de luminosité, qui reste pris derrière le pseudonyme.  Je me retire peu à peu dans ma bulle, toute seule, à la recherche d'un peu de bien-être et de [ré]confort qui origine de l'intérieur. 

Hier matin je ressentais surtout le sombre et la peur, mais j'ai quand même voulu écrire, par discipline, juste pour ne pas tout lâcher, et ce qui en est sorti ressemble à un bilan.  Encore là, trop incomplet, fragmentaire.  Biaisé.  Je manque de discipline.  Ce n'est pas ce genre de bilan qui peut me faire avancer.  Parfois, je me dis qu'on devrait jeter toute la psychologie à la poubelle.  Et arrêter de faire ce genre de bilans à la con.  Et peser sur la commande Vider la corbeille. Windows se chargerait du reste et demanderait si oui ou non on est certain de vouloir Supprimer.  Je cliquerais vite sur le Oui, sans dire adieu.  Quelle jouissance ce serait.  On pourrait ensuite se consacrer aux véritables réflexions sur le Sens de ce que nous vivons.  J'en ai tellement marre parfois que la vie se résume aux problèmes et aux solutions.  N'importe où que l'on regarde, c'est ça : t'as un problème?  pas grave, y a une solution, viens me voir, «j'vas toute t'arranger ça ma noire».  Les romans et les téléromans en sont pleins.  Pour faire rêver?  Mais ça fait pas rêver des résolutions de problèmes, c'est de la psychologie, de la gestion...  Ce qui fait rêver c'est du rêve, de la mythologie, des histoires inventées pour vrai, de la vraie fiction.  Les happy end, ça court pas les rues.  Dans les rues, c'est la grosse misère.  Rien d'autre.  Qui en parle?  On est rendu avec tellement de solutions qu'on s'invente des problèmes pour aller avec quand on en manque.  Vacherie de vacherie (Juliette Jardin dixit).  Je m'ennuie de Zeus et de ses filles : Calliope, Clio, Érato, Euterpe, Melpomène, Polymie, Terpsichore, Thalie et Uranie. De Don Quichotte. De Jacques le Fataliste.  De l'Ingénu.  Ça c'est l'évasion.  Le voyage. Avec Amabed.  Et les autres.

! ! !

Hier, quelqu'un a pris la peine de m'écrire en me citant mon propre journal.  Je suis tombée sur le cul.  Oui, je dis bien sur le cul. 

Cette personne (je préfère taire son identité)  m'a remise en contact avec l'essentiel.  Devant sa clairvoyance, je préfère me taire et retenir, reproduire une partie de ce e-mail : 

Extraits de Script_O. Mania - Février 2001.»  Script cite Katherine Mansfield, Journal, p. 63 : 

Huit heures juste. Quelque part dans le monde, peut-être est-il en train de s'éveiller, de s'habiller, ou encore il joue, il déjeune - et moi, je suis ici. [...] Extraordinaire, de vivre si loin de son autre moi et, pourtant, de s'en sentir plus proche chaque jour. Tout ce qui le concerne me paraît plus clair. Je me le représente dans toutes les situations imaginables, et je sens que je ne me trompe pas. [...]
Je veux fêter ce jour d'une manière positive, en commençant un livre. En moi-même, tandis que je marche, que je m'habille, que je parle, même juste avant de jouer du violoncelle, mille images délicates flottent et s'évanouissent. Je voudrais écrire une histoire inventée mais vraisemblable - parce que hors de question - qui fasse battre le coeur du lecteur, l'émeuve, d'une manière durable, le fasse verser des larmes exquises et rire d'un rire exquis. Jamais je ne donnerai dans le gros comique. Et puis il faut que ce soit ultra-moderne.  

Script écrit à son tour :

C'était  exactement ce que nous vivions et  ressentions.  Cet événement  s'est produit le ou vers le 3 février 2001.  À ce moment-là, je censurais [je préférais utiliser le mot mesurer plutôt que censurer] mon journal de ces milliers d'instants magiques que je vivais.  Aujourd'hui, comme par enchantement, ma mémoire ne cesse de m'y ramener.  Alors je veux l'écrire.  Sans chercher.  Je noterai seulement ce qui me revient, ce qui remonte tout seul.  Ce sont les souvenirs heureux.  Pourquoi censurer le bonheur?  Il y a tellement de méchanceté et de laideur en ce monde, il faut laisser fleurir et s'exprimer la beauté.  Peut-être cela fera-t-il un jour contrepoids?

Et aussi :  « Dans la marge »:

Je reviens au journal par pure envie de coller une jolie fleur sur ma page. Dans la marge, je le précise, et non  pas en marge de mon histoire.  La tradition des fleurs et de leur nom en latin se poursuivra malgré tout.  Mais je fais erreur, ce n'est pas une histoire que je raconte ici.  Je me raconte ?  Pas sûr.  Je crois que j'essaie de raconter ce qui est mien, ce qui me touche (comme dans my life) davantage que de parler de moi (me ou myself).    Est-ce que cela fait une différence ?  Probablement.  Écrire ce journal pour jeter un peu de lumière sur ce que je vis afin d'y voir plus clair.  J'en reviens presque toujours à ça.

Voila quelqu'un qui m'a renvoyé l'ascenseur vers moi-même.  Vers l'essentiel.  Alors ce matin, j'ai collé une estampe japonaise dans la marge.  Et je me suis dit que je continuerais d'écrire ce que je ressens, ce qui me touche. 

Et en écrivant ces derniers mots, une porte s'est ouverte doucement à l'intérieur.  Les émotions ressenties ces dernières semaines, et que je n'ai même pas encore eu le temps d'écrire dans ce journal, resurgissent.  Et le beau soleil qu'il a fait hier.  J'ai même pris un court bain de soleil sur le petit balcon derrière la maison.  Il y a encore de la neige, mais les rayons brûlants m'ont empêchée d'avoir froid.  C'est réconfortant le soleil.  J'ai pensé à mes muses.  J'ai écrit quelques lettres.  Barbouillé une dizaine de pages dans mon journal manuscrit.  Et j'ai très bien dormi.

Merci, bel inconnu.