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J'ai fini de lire Le Procès hier soir, très tard.  Mais c'est en soi une erreur de croire qu'on peut « finir » un livre pareil.  D'abord parce que ce roman est inachevé.  Et que je sais que je vais y retourner dès aujourd'hui pour revoir certains passages.  Et noter les gribouillages que j'ai fait en lisant et les extraits que je veux conserver pour y réfléchir, les méditer.

J'ai reçu hier une lettre de refus de l'un des deux éditeurs à qui j'ai envoyé mon roman.  Sur le coup, légère déception.  Mais aucune surprise.  Une petite voix en moi m'a toujours dit que c'est nul ce que j'écris.  Certains jours, je me racontais des histoires et je faisais semblant d'y croire.  Maintenant c'est confirmé, ce que j'écris ne vaut rien.  Comprendre que cela ne vaut rien aux yeux des gens qui font commerce de la chose et qui ne sélectionnent que ce qui a des chances de se vendre.  Faut croire que ce que j'écris ne rejoint pas les courants à la mode.  Ou bien que c'est vraiment mal écrit.  En un sens, je suis très rassurée.  Rassurée et confortée dans mon sentiment de nullité.  Dans mon nihlisme.  Je voulais déjà tout brûler.  J'y songerai.  Les oiseaux de malheurs qui cassent du sucre sur le dos des auteurs ratés vont être bien contents, soulagés.  Merci de vos bonnes attentions, ça va vraiment droit au coeur.

Bizarre.  Quand j'ai commencé ce journal ça allait très bien pour moi.  J'étais en bonne santé.  J'avais pas d'amoureux et cela ne me faisait pas trop souffrir à part les derniers liens à défaire avec l'éternel mari, mon ex amant devenu plus qu'occasionnel.  J'avais terminé mon premier roman, pris du recul et croyais objectivement qu'il valait d'être publié, autant pour ce que j'y avais mis de moi-même que pour la qualité, le soin apporté à la forme et caetera.  De plus, l'écriture d'un deuxième roman était bien engagée.  Je travaillais juste assez pour ne manquer de rien, sans m'enchaîner à des horaires de forçats.  J'étais calme, tranquille.  Pas super heureuse, mais pas malheureuse non plus.  En sécurité.  Honnêtement, je pense que j'avais trouvé my own way : la paix.

Ce matin, le mercredi 4 avril 2001, moins de quatre mois plus tard, le bilan est plus sombre.  Tout cela a été viré à l'envers, bouleversé comme par un gigantesque ouragan.  J'ai cru rencontrer mon âme soeur, mais je l'ai perdue presque tout de suite après. J'ai arrêté d'écrire mon roman à la 105e page parce que ce que j'y écrivais ne faisait plus aucun sens avec ce que je vivais.  Un problème de santé vient s'ajouter par là-dessus.  Je suis incapable de travailler depuis presque une semaine.  La paix a peu à peu été remplacée par le doute et la terreur.   Mon roman ne sera probablement pas publié.  Est-ce que je rêve ou suis-je éveillée ?

Ce maudit journal me porterait-il malheur?