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J'avais depuis longtemps envie de visiter/fouiller cette fameuse bibliothèque, la Public Boston Library. Comme je n'y étais jamais entrée, j'ai mis un peu de temps avant de m'y retrouver. Mais l'effort en valait la peine. Je n'énumérerai pas toutes mes trouvailles, ce qui serait ennuyeux et vain. Le carnet s'est rempli de notes.

Par contre, l'étrange destin des partitions musicales disparues et retrouvées mérite largement que je m'y attarde. Parce qu'il y a une légende. Et d'autres éléments bien plus troublants que tout ce que j'aurais pu imaginer. En plus, je n'ai même pas fini de faire le tour de la question.

Je me contenterai de rapporter ce premier brouillon, en vrac, pour faire le point rapidement en notant l'essentiel de ce que j'en retiens. Ce n'est pas facile, vu que la documentation est en anglais et en allemand, uniquement. Et puis il me reste énormément de lectures à faire sur le sujet. J'ai l'impression de n'avoir effleuré que la minuscule pointe d'un iceberg.

L'oeuvre en question, d'une première à l'autre :
Jusqu'à tout récemment, l'Hymn of Thanks and Friendship n'était rien de plus qu'un titre et une énigme dans le catalogue du compositeur. La partition manquait. On sait maintenant que la cantate « scored for soloists, double chorus, trumpets and timpani, flutes, oboes, horns, bassoons, and strings, [...] thoroughly representative of Bach's late vocal music » aurait été composée en 1785 pour Peter von Biron, duc de Curland.

La partition autographe est complétée en janvier 1785, et probablement exécutée en l'honneur de la visite et de l'anniversaire d'un dignitaire (le Duc en question?) en février de la même année. Voilà pour la première, au XV111e siècle.

Le Dank-Hymne der Freundschaft qui fut exécuté hier au Sympony Hall de Boston fut la première moderne de l'oeuvre.  Pour décrire brièvement l'Hymne, quelques extraits du programme (pourquoi traduire? l'original est si poétique) :

The first, and more extended part of the work is a hymn of thanksgiving to God and addresses in general terms the Almighty who has wisely and mercifully ordered the universe. Biblical verses taken from various Psalms and set as choruses serve as a framework for a sequence of recitatives and arias. The text, whose poetical merits at first sight seem doubtful, though its tone is reminiscent of Gottfried van Swieten's libretto for Haydn's Creation, cleverly arranges images of strong theological significance to show that all creation ought to give praise and thanks continuously to the Lord. [...] The oratorio ends with an extended strophic song whose stanzas display a maximum of variety in their instrumentation. [Ulirich Leisinger]

The work is in two parts with nineteen separate movements, including the setting of Bach's Heilig (Wq 217) or German Sanctus for double choir and orchestra, a popular piece that he inserted into several of his choral works. The longest movement is the Schluss'Chor at the end of Part I, which features alternating sections for full orchestra and chorus on the verses of Psalm 150 and stanzas based on the chorale tune, Lobt Gott, ihr Christen allzugleich, for different combinations of voices and instruments.
« In sum, the "Dank-Hymne" reveals a side of Bach's creative output that has been little appreciated and studied, due in part to the inaccessibility of much of the late vocal music. Now in this performance we will be able to hear why Haydn and Mozart held C. P. E. Bach in such high esteem. [Paul Corneilson]

L'obscurité ;
Premier point nébuleux : comment peut-on affirmer que l'Hymne n'a pas été rejoué publiquement après 1785 ? Bach étant mort en 1788, et si cette pièce avait été composée pour un événement spécial, il n'y avait plus de raison de la reprendre. Seuls les journaux de l'époque et les lettres de Bach le prouvent, par défaut.

Mais la vraie obscurité se fait quand, vers 1805, la Sing-Akademie de Berlin, fondée en 1791, entre en possession de la partition autographe et de tous les originaux de la composition, de même que de la majeure partie des oeuvres de Bach. Par la suite, il semble qu'une réglementation très sévère et restrictive, ainsi que l'absence d'archiviste ait empêché que les extraordinaires archives musicales de cette institution soient mises à la disposition des spécialistes et musiciens. L'Hymne aurait donc réellement dormi plus de 200 ans (1785-1999) dans les archives... sauf qu'il s'est promené un peu, malgré tout.

L'histoire d'une disparition, la légende ;
Berlin, 1943. Vers le milieu de la Seconde guerrre mondiale, quand les premiers bombardements commencent, on emballe les archives musicales et on les transporte dans le château de Ullersdorf, en Silésie (aujourd'hui, une région de la Pologne) pour les protéger de la destruction et les conserver en toute sécurité. Version officielle.

Selon une légende qui circule toujours à Kiev, dans les mois qui ont suivi la défaite allemande, la collection aurait été découverte par un conducteur de tank de l'Armée Rouge qui aurait triomphalement rapporté les archives en déposant les feuilles de musique sur les marches du Conservatoire de Kiev. Les chercheurs mettent en doute la légende, puisque cet édifice était en ruine en 1945. Un autre problème avec cette légende vient du fait que l'on croit qu'une telle abondance de documents n'aurait pu entrer dans un tank. Et qu'ils n'ont retrouvé aucune documentation officielle (Soviétique) attestant le transport des archives de la Sing-Akademie.

On veut d'autres légendes ? Dans une conférence de presse donnée à Kiev en août 1999, le responsable de l'administration des archives Ukrainiennes, Ruslan Pyrih, aurait indiqué que la collection avait été trouvée sous les gravats à Berlin, après la guerre. Mais encore là, aucun document ne confirme cette information. Une autre ? Le correspondant d'un journal local a rapporté que les documents ont été retrouvés dans un dépotoir de Pologne. C'est tellement lumineux que cela ressemble à des variantes de la légende du soldat.

On dit aussi que les archives étaient, pendant tout ce temps, entre les mains des Soviétiques. Une sorte de trophée de guerre.  Légende ?

L'auteur, quelques biographèmes :
Né à Weimar (Allemagne), le 8 mars 1714 et mort à Hambourg le 15 décembre 1788, Carl Philipp Emanuel est le cinquième enfant (le deuxième survivant) de Jean Sébastien Bach. Le père s'occupe de son éducation musicale : à l'âge de 11 ans le jeune C.P.E. peut déjà jouer pratiquement toutes les oeuvres du maître en lecture à vue.

En 1731, année où il entre à la faculté de droit, il débute officiellement ses études de composition avec son père, qui restera son unique professeur. Il devient un des assistants de Bach, compose de nombreuses oeuvres et signe un traité sur l'art de jouer le clavecin : Versuch über die wahre Art das Klavier zu spielen (1753-1762) texte fondamental pour la connaissance du style du clavier au XVIII siècle. Exceptionnellement doué, il devient, à 24 ans, claveciniste dans l'orchestre du prince héritier de Prusse, le futur Frédéric II.

En 1767 il succède à Telemann comme Directeur de la Musique. Il fait entendre de nombreux chefs d'oeuvre contemporains. Parmi ses oeuvres (700 environ) : 2 oratorios, 2 passions,1 Magnificat, des cantates, des lieder. Symphonies, concertos, sonates, trios. Nombreux recueils de musique pour clavier dont 6 livres de sonates, 50 concertos...

Carl Philipp Emanuel Bach est sans doute le premier compositeur romantique avec un goût marqué pour la recherche instrumentale, la prédominance de l'élément mélodique.

[...]

De retour de la bibli depuis une heure, j'écris, j'écris, et puis j'ai l'impression que je n'avance pas. Je dois être fatiguée.

Je vais aller manger un peu et continuerai mon histoire plus tard dans la journée. Il me reste à raconter l'épisode de la recherche et l'exploration des archives elles-mêmes. Et comment j'ai eu la grâce de découvrir un petit scoop, en prime.

En la relisant, j'ai constaté avoir écrit quelques coquilles dans la page d'hier. Voilà, c'est corrigé. J'en ai probablement écrit des tas à l'instant, mais c'est pas si grave !