eveningstar.gif

La neige tombe doucement.  Le temps est doux : 39° F.  Le jour, je suis seule à la maison.  L'endroit est si calme, si paisible.  La ville de Boston fourmille d'activités culturelles.  J'aimerais vivre ici.  Sauf que je pourrais vivre dans n'importe quelle ville du monde.  Ou village. 

Hier, passé quelques heures à admirer les fleurs à l'exposition « The inspired Garden », au Bayside Expo and Conference Center.  Ils ont demandé aux horticulteurs de partager leur inspiration.  Je me pose pour moi-même la question suivante : ces fleurs sont-elles vraiment indifférentes?  Là, je suis hors sujet.

En passant devant une pergola recouverte de plantes grimpantes d'où émergeaient de minuscules corolles aux teintes rose jaunâtre, un homme m'a abordée timidement.  Son regard bleu intense souriait davantage que ses lèvres.  Il m'a demandé pourquoi je prenais des notes. Mais je n'écrivais pas.  Je faisais quelques croquis et relevais les noms des fleurs en latin.  Je lui ai dit que c'était pour mon journal.  Il ne m'a pas vraiment expliqué ce qui l'avait inspiré.  Il avait comme une pudeur à parler de ses fleurs.  Il parlait un peu le français.  En le quittant, il retenu ma main quelques secondes dans la sienne.  Puis il m'a remis une petite carte où il avait imprimé :

Si tu veux du bonheur pour une journée seulement enivre-toi;
si tu veux du bonheur pour un mois, marie-toi;
si tu veux du bonheur pour une année, tue ton cochon;
si tu veux du bonheur pour toute la vie, fais-toi alors jardinier. (vieux proverbe chinois)

Je n'aime pas m'enivrer, je ne veux pas me marier et je n'ai pas de cochon.  Je rêve encore en songeant à la douceur de l'homme aux yeux bleus si souriants.  Les jardiniers seraient-ils poètes?

***

Ce soir, 8 heures, concert au Symphony Hall.  Puis, dîner en ville avec Marie-Françoise et quelques amis.  L'histoire de la pièce musicale qui sera jouée ce soir me passionne autant que le plaisir anticipé de cette soirée musicale.  L'orchestre, dirigé par Christopher Hogwood, jouera une nouvelle pièce de Carl Philipp Emanuel Bach, Hymn of Thanks and Friendship (Dank Hymne der Freundsschaft).

Ça pourrait ressembler à un oxymoron d'écrire « nouvelle pièce de Bach ».  Mais non.  Sans être vraiment nouvelle, cette oeuvre fut découverte récemment (1999).  Elle avait disparu (perdue?) lorsque la collection d'environ 5000 titres avait été retirée d'une maison où elle était conservée, à Berlin.

C'était durant la 2e guerre mondiale.  L'Hymn de C.P.E. Bach a été retrouvé aux Ukranian State Archives, à Kiev, par un professeur de l'Université de Harvard, Christoph Wolff, plus de 50 ans plus tard.  Fabuleux.  Il faut que je me documente.  Demain, la Boston Public Library.

Cette histoire stimule mon imaginaire autant que les dix jours disparus du calendrier Grégorien en 1582.  Mais trêve de rêveries, j'ai du travail qui m'attend.