31. et si on crie le plus fort possible, la nuit, est-ce que quelqu'un peut quand même nous entendre?

indien à cheval

J'ai passé la nuit dernière à rêver.  Le premier rêve était un cauchemar qui se passait dans une grande bibliothèque.  Il y avait un livre brisé, tout déchiré.  Un vieux livre qui sentait le moisi et qui avait les apparences d'un incunable.  En tout cas le livre était précieux et moi j'étais là pour mener une enquête de la plus haute importance.  J'étais une sorte d'agent des services secrets ou quelque chose comme ça.  J'ai examiné les dommages faits au livre.  Et après avoir consigné quelques mots sur mon bloc note, il s'est produit une succession très rapide d'événements que j'ai oubliés.  Ensuite, il y a eu une bousculade et des coups de feu.  Et on m'a passé les menottes et enfermée dans une pièce complètement insonorisée.  J'ai crié, mais personne n'est venu.  Alors au lieu de continuer à crier pour rien, j'ai examiné les lieux.  Pour me rendre compte que j'étais dans une espèce de petite chambre qui était localisée sur le disque dur d'un ordinateur, dans un fichier bloqué avec un mot de passe.  J'avais pas d'air.  Je me suis réveillée en faisant des efforts pour appeler au secours, mais les sons  ne sortaient pas assez fort pour qu'on m'entende.  Je me suis rendormie un peu mais je savais que ça donnait rien d'appeler.  Que personne m'entendrait.  Et que le mot de passe était plus que con et impossible à deviner.  Mais je me suis mise à crier quand même de toutes me forces.  J'avais si peur.  Tout d'un coup, je me suis réveillée complètement, et j'ai réalisé que j'étais toute seule dans mon lit.  Malgré la peur qui m'étouffait, je me suis dépêchée de me rendormir.  Je crois que j'ai fait là un rêve profondément libérateur.

Et tout de suite après, j'ai fait le deuxième rêve.  Qui s'est poursuivi jusqu'à l'aube.  Je me réveillais un peu, je fermais les yeux en me disant :  oh, je veux me rendormir pour continuer et finir l'histoire.  Et ça marchait.  À tout coup.  Je me rendormais.  Et je vivais le rêve.  C'était un magnifique rêve où il y avait un tigre-éléphant.  Un corps d'éléphant recouvert avec une peau de tigre, avec un peu l'apparence d'une giraffe...  les spécialistes, en Afrique, disaient que c'était une espèce rare en voie de disparition, alors je voulais sauver mon tigre-éléphant si beau, tout jaune ocre cuivré avec des belles taches noires, le poil était doux, très très doux quand je le flattais; et je le ramenais d'Afrique à pied.  Eh oui!  J'ai fait tout le trajet à pied.  On campait (je ne me souviens plus avec qui je faisais ce voyage) sur la route, au bord des points d'eau, on s'arrêtait de temps en temps pour manger un peu.  Je ne me souviens pas d'avoir traversé l'Atlantique, mais on s'est rendus à Montréal.  On avait des chevaux.  Sur le parcours, il y avait plein d'événements :  des incidents, des gens, et des tas de conversations.  Mais j'ai pratiquement tout oublié.  Ça m'est revenu un peu en écrivant.

Quand j'ai commencé ce journal, tout à l'heure, je me souvenais de bien moins de détails que ce que je viens d'écrire là.  Je n'avais en fait retenu que les noms que j'avais donnés aux deux rêves pendant la nuit, pour être bien certaine de ne pas les oublier :  le rêve du livre brisé et le rêve du tigre-éléphant.  Et pour écrire ces rêves, c'est comme si les mots avaient trouvé leur chemin sans l'aide de ma mémoire.  Bizarre.  La prochaine fois que je ferai des rêves si étranges, je me jure de me lever en plein milieu de la nuit pour les écrire, quand les détails seront encore frais dans mon esprit. 

Au réveil, je me suis surprise à méditer sur le sens du mot douleur.  Trop d'émotions, ces derniers jours?  Je retournerai me coucher tout à l'heure.  Une sieste me sera salutaire.  Je m'endormirai.  La cloche enrhumée de la porte d'entrée, comme hier, me sortira d'un rêve sans images.  Je me dirai :  qui donc peut sonner à cette heure?  Ce ne sera qu'un homme bizarre qui vend des tablettes de chocolat, ou deux témoins de jéhova. 

Je préparerai le thé.  Regarderai dehors.  J'écouterai le bienheureux silence qui m'entoure.  Je prendrai un livre, et lirai.  Sous le soleil.

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