27. nous sommes de la même étoffe que les songes/et notre vie infime est coiffée de sommeil

Aveu. Prospero n'est pas là.  En ce moment, il marche quelque part dans les rues de Paris.  Tout en vivant ici, avec moi.  Parce qu'il a pris soin de tracer des cercles magiques dans la grand lit de la chambre bleue.  Dans le salon.  Dans la cuisine.  Aveu.  Prospero est là.

Qui est Prospero ? On s'en doute?  C'est celui que je nomme aussi P., ou encore l'Homme, [selon les caprices de Script.  Elle aime trop les synonymes].  Aveu.  Je sais que je me répète.  Son vrai nom vaut bien les 23 lettres de l'alphabet mises bout à bout.  P. est magicien, écrivain. Artiste.  Amoureux.  Amant.  L'Homme de ma vie, génial, que je rebaptise[Script l'exige] en date d'aujourd'hui, pour le journal online.  L'Homme de la tempête.  Celui du Famous Blue Raincoat.  Qui torture la robe que je porte.

Prospero n'est pas là ?  Nos conversations habitent chaque centimètre cube de l'espace où il a respiré et respire encore.  Ses baisers demeurent gravés sur ma peau.  Il sait si bien les renouveler à chaque minute.  Et son large manteau d'hiver, noir, reste accroché à la patère de l'entrée.  Et son chapeau haut de forme trône sur la psyché.  Sa voix murmure encore en moi.  Elle me caresse l'oreille.  La neige du parc conserve la trace de ses pas.  Aveu.  Prospero sera toujours là.

En cette fin de matinée, je savoure le plaisir d'être là et d'écrire.  En prenant un deuxième petit café.  Noir.

Nos divertissements sont finis. Ces acteurs,
J'eus soin de vous le dire, étaient tous des esprits :
Ils se sont dissipés dans l'air, dans l'air subtil.
Tout de même que ce fantasme sans assises,
Les tours ennuagées, les palais somptueux,
Les temples solennels et ce grand globe même,
Avec tous ceux qui l'habitent, se dissoudront,
S'évanouiront tel ce spectacle incorporel
Sans laisser derrière eux ne fût-ce qu'un brouillard.
Nous sommes de la même étoffe que les songes
Et notre vie infime est coiffée de sommeil... (La Tempête, IV, 1, 157-158.)

Haut de page