Moi ? Me lever passé 9 heures un lundi matin ?  Pas possible.  Pourtant, m'écouter, je retournerais dormir une heure ou deux.  Ou plus.  Me prélasser entre les draps.  M'étirer pour la centième fois comme un chat en refusant d'ouvrir l'oeil : le paradis.  Si bon que j'y passerais la journée.  Je veux dormir.  Mais faut que...

Premier réflexe, voir dehors.  Que se trame-t-il derrière les tentures de velours bleu ?  Hiroshima ?  L'Apocalypse ?  Une journée de printemps pleine d'oiseaux ?  D'été ?  J'y vais.  Non.  Pas tout de suite.  Oui.  Il doit faire super beau et moi... je dors. 

Moi ?  Passer mon temps couchée quand il fait beau ?  Non.  Pas possible.  J'ai besoin d'air.  J'ai faim.  Une faim de loup.  O.K.  Je plonge vers le 5 mars 2001, sans regarder derrière.  Apocalypse ou pas.

On est le 5 mars ?  Ça, ça mérite que je me réveille.  J'ai toujours rêvé de m'appeler Cinq-Mars.  Jalouse de ceux qui portent ce nom de famille.  Pas au point de changer de nom, mais jalouse.  Ne serait-ce pas plutôt de l'envie ?  Ça va.  Un nom de famille avec un chiffre dedans.  Plus un nom de planète, ça doit être bon pour l'ego.  Forger une identité à toute épreuve, dure comme du fer.  Un moi indélébile.  Pas fragile.  Pas trop docile.  Pourquoi je suis pas née dans une famille Cinq-Mars ?  C'est anticonstitutionnel.  Contre la Charte de droits z-et libertés.  Ou anticonstitutionnellement impossible.  C'est ça.  Je porterai plainte.  Je me plaindrai.  À qui de droit.  En bonne et due forme.  Nonobstant.

Toujours au lit ?  Mon cas s'aggrave.  Pas capable me lever.  Je rêvasse aux Cinq-Mars.  En effeuillant la marguerite : me lève, me lève pas, fais une...  Non.  Vite.  Faut que j'écrive ma première page du cinq mars dans mon journal online.  Ça, c'est une bonne raison de me lever !  Faut aussi que je travaille comme une...
 

Coup d'oeil rapide à la fenêtre.  Y grisouille encore.  Vite un café.  Noir.