L'après-midi, comme hier, quand le soleil est à son plus fort, c'est magnifique de voir les fleurs se faire belles pour courtiser la lumière. Mes fleurs à moi (à l'intérieur, forcément) sont bien modestes. Quelques violettes africaines, des petits rosiers sauvages tout rabougris, et des orchidées. Et j'ai planté récemment quelques bulbes de jacinthe, lys et tulipes. J'espère les avoir pour Pâques. Je sais, je pourrais toujours les acheter toutes poussées, mais cela me priverait du plaisir de les voir se développer, matin après matin. Et du chagrin de rater mon coup parfois, et de recommencer l'an prochain.

Ces derniers temps, je rêve beaucoup. Ordinairement, les moments où mes rêves prolifèrent le mieux c'est quand je vis à la campagne. À la ville, avant, je rêvais pas mal moins, sinon pas du tout. Jusqu'à mon rêve blanc.

Comme mes rêves ont tendance à augmenter, et que je ne suis pas à la campagne, je me demande si c'est la présence de l'autre qui induit ce changement. Et j'avoue que mes rêves se font de plus en plus étranges. Ils se passent ailleurs, bien loin d'ici, dans des lieux et à des époques éloignés de ma réalité. Donc la nuit, je voyage dans le temps. Ça me plaît.

Quand j'émerge de l'un de ces rêves, en général, je reste parfaitement immobile, pour ne pas le faire fuir. Et je me rendors. Et j'en fais un autre. Et au matin, les rêves sont tous là. Parfois, il m'arrive de les raconter, au déjeuner. Je ne tente jamais de les interpréter. Pour ne pas briser leur réalité si éphémère. Je pourrais les écrire. Je le faisais avant, certains matins.

Je me sens si reconnaissante à mes rêves pour tout le plaisir qu'ils m'apportent. Ils me font  penser aux bulbes des fleurs qui travaillent fort pour me livrer leur beauté avant longtemps. J'ai envie de les récompenser d'être là. Et si je leur achetais cette webcam en cadeau ?

Avec une Webcam, je filmerais les fleurs pour ajouter de belles images dans la marge. Mais les rêves, eux, pourra-t-on jamais les filmer ?