iris blanc

« Iris blanc,
la fleur
de la bonne
nouvelle... »

[extrait de arbustea.com]

Cet élan du corps et du coeur qui pousse vers l'écriture quotidienne est si doux ce matin. Que se passe-t-il donc ?

Je crois rêver. Et pourtant je ne rêve pas. Non, je rêve. Je vais m'éveiller. Je n'ose y croire. Oui. Je ne sais pas si je pourrai écrire cette page. Je m'évanouirai devant l'irréalité de cette vie. J'échappe à ce qui tout récemment avait les apparences du définitif, de l'inexorable. Et je contemple une lumière merveilleuse. La lumière blanche de mon rêve blanc. Peut-on vivre ses rêves, ou découvre-t-on plutôt les mille et une façons de rêver sa vie ?

Ainsi donc, le rêve blanc. Le rêve ultime. Je suis avec P. Il est ici. Chez nous. J'ouvre la fenêtre et ferme les yeux. Tout explose dans ma tête. P. est avec moi. L'amour crée un tel élan de liberté intérieure. Le vrai jour de l'iris blanc, c'est aujourd'hui. Non, hier. Non, demain. Je dis oui. Il ne faut renier aucune parcelle de la passion qui dévore.

Ce matin, les mots sortent de moi et se déposent sur les ondes. Ils envahissent la planète. Leur souffle, plus léger que l'aile d'un papillon, m'échappe.  Je ne dors plus. Quand je dors, je reste fortement attachée à lui. Aucune attache n'est assez forte pour me coller encore plus près de lui, que ce qui adhère au nous à partir de l'intérieur. 

Je me sens si affaiblie et en même temps si forte en mon centre. Le noyau se dilue et se rompt, impuissant à contenir ma jouissance. Ma chair se fractionne en minuscules atomes qui virevoltent et s'élancent là-bas pour rejoindre l'essentiel de son essence à lui. Il est là. Nous avons retrouvé notre nid, intact. 

Cela se préparait. Je ne pouvais pas l'écrire ici [Script ne voulait pas]. Il a d'abord écrit. Disant qu'il avait été incapable de monter dans son train, à l'opposé du mien. Puis il a téléphoné. Plusieurs fois. Il a dit je réserve un avion et je vole jusqu'à toi. J'avais souffert. C'est oublié. Il a tellement souffert aussi.  La peine est effacée. Il a pris le temps. Médité. Nous avons parlé.  Parlé. Instants douloureux.  Heureux. Qui ont définitivement éloigné la peur. Le nous, plus grand que le soi, rassure. Je ne savais pas qu'un grand bonheur pouvait faire si mal.

Il est là! Notre rencontre physique s'est inscrite exactement dans le prolongement de nos lettres. Nos premiers baisers goûtaient salé. On aurait dit que la maison l'attendait, comme s'il revenait simplement d'un long voyage. Et, dans la froidure de notre première blancheur de l'aube, il a insisté pour que nous allions marcher dans le parc en haut de la montagne, celui quand je tourne deux fois à gauche en sortant de la maison. Dehors, il cherchait mes oiseaux pour ressentir, lui aussi, l'espace intérieur du monde. Je disais, viens, rentrons, on gèle. Rien à faire, quand un homme est heureux. 

Quel bonheur. Il s'amuse des bisous glacés. J'adore mes pas dans les siens sur la neige vierge. Il se couche par terre pour voler comme les anges et admirer après la trace laissée dans la neige par son corps. Il persiste à me fabriquer des couvertures de baisers avec les étoiles de neige. Il écrit. Il me relit une lettre. Ma main dans la sienne. Ses étreintes. Nos livres. Manger et boire ensemble. Nous toucher enfin. Sentir la bonne chaleur et le poids de nos corps. Surtout le poids. Et nos sourires (adieu les smileys). Je divague.

Il dort. Il récupère ses heures de l'autre continent égrenées à la surface de nos rêves éparpillés, sous la couette. Pendant ce temps, nous avons convenu que le feu ne s'arrêterait pas de brûler, dans la cheminée. Je reste là, à le contempler un moment. Je mets une autre buche. Puis je veux écrire.

Cela est si doux ce matin. Que se passe-t-il donc? La vie nous aurait-elle donné des ailes pour nous aider à réaliser notre rêve?