Klimt : Le baiser

C'est lundi. Rrendreriez-vous un petit café fort, Lady A ?  

J'ai rien de spécial à raconter.  Je sais pas trop pourquoi j'ouvre mon journal.  Par habitude ou par désoeuvrement ?  Pour garder la main ou faire mes gammes à la manière d'une pianiste ?  Un peu tout ça en même temps, je pense.  Et pour bien d'autres raisons que le lecteur trouvera oiseuses, nulles et non avenues.  

Pourquoi j'écris ces mots là ?  

L'amour du son.  

Le sens ? 

Journée ordinaire...
En principe les vies ordinaires se passent très bien de commentaires.  Mais des fois j'ai l'irrésistible envie de  pousser mon masochisme dans le coin, jusqu'à tout raconter en détail.  Pourquoi pas ?  Je pourrais facilement rendre la chose intéressante en l'enjolivant.  Lire : en trichant et en racontant n'importe quoi.  Exemple :  Je me lève.  Script a pas dormi, est en pleine déprime... pas question d'avouer ça, c'est loser.  Il faut être populaire à tout prix.  Pis y a que les winners qui pognent. Fake vite, je me dépêcherais d'écrire que tout va bien.  Héhé, le lecteur aime pas le déprimépointcom.  Faut pas lui en servir trop souvent.  Alors on réchauffera le tape à l'oeil, le clinquant.  Ou le bon vieux pâté chinois.  Comme les rêveries de ma dernière promenade, peut-être ?

Pas de chance !
Dommage.  J'ai pas de chance à matin.  Je file pas déprimée pantoute.  Je vous le jure, Votre Honneur.  C'est donc pas aujourd'hui que je deviendra célèbre. Sauf que je me suis levée pareil.  Très tôt.  Et que j'ai écrit dans le livre sans pouvoir m'arrêter.  J'arrive à midi complètement vidée, brûlée.  Le cerveau vide comme le sac brun d'un robineux (après qu'il se soit liquéfié grâce à la diva boteilla, qu'il y dissimulait, cela va sans dire).  Le pire c'est que j'ai un contrat à finir.  Vers 9h37, je lui ai adressé discrètement un léger signe d'honneur.  Il aura compris.  C'est pas encore à matin qu'on m'enchaînera comme une salariée syndiquée étouffée à l'os, pensais-je.   J'ai pas envie d'y toucher à la job quand elle me pue au nez, me dis-je.  Cultiver des fleurs ou des tomates, voilà qui me siérait.  Wow.  Première fois que j'écris le verbe « siérer »...  Je devrais arrêter d'écrire des banalités dans ce journal.  L'autre appellerait ça des platitudes.  C'est insultant pour les platitudes.  Faut pas leur faire de peine aux platitudes.  Peut-être que Script a besoin d'une pause ? Prendreriez vous un petit café fort, Lady A.? 

Donc où en étais-je ?
Ça puait.  J'pourrais même pas divaguer sur mes dernières promenades dans la ville et la nature parce que je suis pas sortie depuis samedi.  On s'en souviendra, c'était pour faire quelques provisions indispensables si je veux pas finir par mourir d'anorexie subite.  Sur ce, je m'arrête, je sais plus où j'en suis. Vivement.  Mon café.  Noir.